En Belgique

26 janvier 2020 11:31; Act: 27.01.2020 13:08 Print

Une mère de victime et une mère de jihadiste unies

Deux Belges, l'une mère d'un jihadiste, l'autre d'une jeune femme blessée au cours des attentats de Bruxelles, préparent un livre pour témoigner de ce qui les unit.

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Sophie Pirson (à gauche) dit espérer conclure ce récit d'entretiens avec Fatima Ezzarhouni (à droite) en mars prochain. (photo: AFP/Kenzo Tribouillard)

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Pleurer, puis écrire ensemble. Deux femmes belges, l'une mère d'un jihadiste emprisonné en Syrie, l'autre d'une jeune femme blessée au cours des attentats de Bruxelles en 2016, préparent un livre pour témoigner de ce qui les unit par delà les différences. La rencontre entre Fatima Ezzarhouni, 48 ans, et Sophie Pirson, 61 ans, remonte à 2018, deux ans après la double attaque revendiquée par le groupe État islamique qui a fait 32 morts et plus de 340 blessés dans la capitale belge, le 22 mars 2016. À ce moment-là, toutes deux ont intégré un groupe lancé par deux sociologues cliniciens pour que des mères de jihadistes et des victimes de la vague d'attentats de 2015/2016 puissent échanger et partager leur douleur.

«Immédiatement, on a connecté», dit Sophie. «Il y a eu un déclic», confirme Fatima, lors d'une rencontre avec l'AFP. «On a envie de déposer ce qui pour nous est important, avec l'espoir d'apporter une réflexion sur ce qu'on peut faire ensemble pour contrer la barbarie», assure Sophie. «Pour moi, c'est faire passer un message», dit simplement Fatima qui, pour ce travail, se confie comme elle ne l'a sans doute jamais fait et raconte enfin les souffrances d'une vie jalonnée de ruptures brutales. Cette Belgo-marocaine avoue vivre «un cauchemar» depuis que son fils, l'aîné de ses trois enfants, est parti en Syrie en 2013, à tout juste 18 ans, sans explication.

«J'ai pensé aux mères des poseurs de bombe»

Ancien du groupe Sharia4Belgium (aujourd'hui dissous), son fils «regrette» désormais ce parcours et «veut rentrer», comme il l'a dit en 2019 à des télévisions l'ayant localisé dans une prison du nord-est syrien. Depuis sept ans, le jihadiste a été condamné deux fois par défaut en Belgique, pour participation à un groupe terroriste et pour avoir menacé l’État belge. Mais surtout, explique sa mère, les nouvelles le concernant ne sont tombées qu'au compte-gouttes, parfois contradictoires. En septembre 2018, Fatima avait reçu un coup de téléphone de Syrie lui annonçant la mort de son fils. Apprendre qu'il est finalement en vie a déclenché un torrent d'émotions qui l'ont conduite à l'hôpital «presque deux mois» à l'automne 2019.

«Ma fille m'a dit: "Maman on dirait qu'on vit dans un film de science-fiction"», lâche Fatima, qui aujourd'hui intervient régulièrement dans les écoles pour partager son expérience de mère de radicalisé. Pour Sophie, «la fêlure» est d'un autre ordre. Elle ne dit pas comme Fatima que la vie de son enfant a été «détruite».

Léonor, sa fille de 30 ans à l'époque, était ce 22 mars 2016 au matin dans la rame du métro bruxellois où un kamikaze s'est fait exploser. Grièvement blessée à une main, ayant perdu l'ouïe d'une oreille, elle a dû faire un long séjour à l'hôpital. «Très vite à ses côtés, aux soins intensifs, j'ai pensé aux mères des poseurs de bombe», se souvient Sophie. «Je me suis dit que ça devait être terrible pour elles aussi d'avoir leur fils mort, et que personne ne pouvait entendre la douleur de ces mères», ajoute-t-elle. Aujourd'hui, Sophie dit espérer conclure ce récit d'entretiens avec Fatima en mars, pour le quatrième anniversaire des attentats, et cherche un éditeur.

(L'essentiel/afp)