Procès en France

15 novembre 2017 16:56; Act: 15.11.2017 17:16 Print

«Rescapé du Bataclan», Cédric avait tout inventé

Son témoignage poignant avait fait le tour des médias français après les attentats du 13 novembre 2015. Mais l'ambulancier n'était pas au Bataclan au moment de la tuerie.

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Au moment de la fusillade, Cédric se trouvait le long de l'autoroute A13. (photo: AFP)

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Il avait tout inventé. Sa présence au Bataclan, son face-à-face avec le terroriste, cette femme enceinte tombée devant lui, son traumatisme. Cédric R., 27 ans, sera jugé le 1er décembre, à Versailles. Il est soupçonné de tentative d'escroquerie auprès du fonds qui se charge de l'indemnisation des victimes. Retour sur un mensonge long de près de deux ans, que retrace Libération.

13 novembre 2015. Paris est frappé par une série d'attentats sanglants qui fait 130 morts et d'innombrables blessés. Très vite, les témoignages se multiplient, les médias français relaient tour à tour de récits plus terrifiants les uns que les autres. Parmi eux, celui de Cédric R., ambulancier de 27 ans. Libération, Le Monde, Le Parisien, Ouest-France, RTL et BFM TV s'intéressent à l'histoire de ce jeune homme qui se trouvait sur la terrasse du café du Bataclan quand les terroristes ont ouvert le feu.

Tatouage d'une Marianne

«J'étais en train d'appuyer sur la plaie d'un blessé qui s'était effondré sur le boulevard quand j'ai relevé la tête. J'ai vu un type devant l'entrée du Bataclan se retourner. Il avait sa kalachnikov en bandoulière, elle était pointée vers moi. Au même moment, une femme est passée entre nous en courant: elle a pris les balles», raconte Cédric à Libération, en février 2016. Dans les semaines qui suivent les attentats, l'ambulancier s'implique dans la vie du groupe de victimes Life for Paris, dont il devient un membre actif. Il publie son témoignage sur la page Facebook de l'association et organise des «apéro-thérapies».

Une vidéo réalisée par l'AFP le montre avec son tatouage, une Marianne pleurant du sang accompagnée de la légende: «Paris 13/11/15». «Parce que c'est encré en moi, maintenant», explique-il. Cédric R. insiste sur son «besoin énorme de retrouver d'autres rescapés» et ose ajouter: «C'est bizarre, mais des fois j'ai presque envie de revenir au soir des attentats. Tu n'as pas envie de sortir de ce truc hyper fort. J'aurais voulu que les commémorations ne s'arrêtent jamais».

La police commence à douter

L'ambulancier parvient à s'incruster au concert des Eagles of Death Metal à l'Olympia, trois mois après les faits, alors que l'accès est strictement réservé au personnel, aux survivants et à leurs proches. À cette époque, Cédric ne travaille pas et passe son temps à se répandre dans la presse. Il évoque souvent cette «femme enceinte» qui a «pris des balles» à sa place, mais la police ne retrouve personne qui corresponde à cette description.

Les autorités commencent à douter du témoignage du jeune homme en novembre 2016. Grâce aux données du téléphone portable de Cédric, les enquêteurs découvrent qu'au moment où la fusillade a éclaté au Bataclan, vers 21h45, il se trouvait «le long de l'autoroute A13». Il a ensuite passé une heure près de son domicile, dans les Yvelines, avant de foncer en direction de la capitale aux alentours de minuit, pour se mêler aux véritables victimes.

Manque de reconnaissance

Placé en garde à vue à la fin du mois d'octobre dernier, Cédric R., aujourd'hui établi en Nouvelle-Calédonie, a reconnu avoir tout inventé. En attendant son procès le 1er décembre, le tribunal a demandé un complément d'expertise psychologique et psychiatrique. L'intérêt pécuniaire ne semble pas avoir été la seule motivation de l'ambulancier.

Interrogée par la police, une personne ayant travaillé avec lui a livré un portrait édifiant du mythomane, ex-pompier volontaire: «J'ai senti un grand manque de reconnaissance chez un ambulancier qui ne trouve jamais à se satisfaire. (Il) me semble rechercher l'héroïsme (...) Il souffre très probablement du syndrome du sauveur».

(L'essentiel/joc)