Intégration des Roms

25 septembre 2013 10:50; Act: 25.09.2013 11:22 Print

Viviane Reding recadre Manuel Valls

La commissaire européenne à la Justice, aux Droits fondamentaux et à la Citoyenneté a vivement critiqué la position du ministre français de l’Intérieur concernant les Roms en France.

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Viviane Reding n'a guère apprécié la sortie de Manuel Valls. (AP)

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«Si je ne me trompe, il y a de l'élection dans l'air en France. À chaque fois qu'on ne veut pas parler de choses importantes comme le budget ou les dettes, on trouve les Roms», a dit Viviane Reding, sur France Info, faisant référence aux échéances municipales et européennes de 2014. «Nous avons des règles européennes qui ont été signées par la France, des règles sur la libre circulation des citoyens européens. Et ce ne sont pas des Roms mais des individus. C'est sur décision d'un juge qu'ils peuvent être évacués s'ils ont fait quelque chose qui va contre les lois de l'État en question».

Le ministre socialiste français de l'Intérieur avait semé le désarroi dans son propre camp mardi, en niant la volonté d'intégration de la majorité des Roms, dossier qui ne cesse d'enfler à l'approche des élections municipales en France. «C'est illusoire de penser qu'on règlera le problème des populations roms à travers uniquement l'insertion», a déclaré Manuel Valls sur la radio France Inter. «Les solutions d'intégration» ne peuvent «concerner que quelques familles» et, a-t-il poursuivi, il n'y a «pas d'autre solution» que le démantèlement des campements et les reconduites à la frontière des individus. Cette ligne est conforme à la politique prônée depuis des mois par le ministre qui avait déjà déclaré en mars: «Les Roms ont vocation à rester en Roumanie ou à y retourner».

«Il faut dire la vérité aux Français»

Mais alors que les maires se disent de plus en plus démunis sur cette question, et que les élections municipales auront lieu au printemps prochain, Manuel Valls est cette fois allé plus loin. À la question de savoir si seulement une minorité de Roms voulait s'intégrer en France, il a répondu: «Oui, il faut dire la vérité aux Français: ces populations ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation» avec les populations locales. Ses propos lui ont immédiatement valu une volée de bois vert de la part des associations de défense des étrangers, qui l'accusent d'avoir «franchi la ligne rouge de l'acceptable» (SOS Racisme) et du Parti communiste, qui a jugé ces déclarations «xénophobes».

Les critiques se sont aussi fait entendre dans les rangs mêmes du Parti socialiste... et du gouvernement. Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a ainsi estimé que les propos «excessifs» de Manuel Valls méritaient d'être «corrigés». «Je considère qu'il n'existe pas de théorie selon laquelle tel peuple, telle personne de telle origine ne pourrait jamais au grand jamais s'intégrer», a-t-il réagi sur BFM-TV. «On a dit ça des Italiens, on a dit ça des Espagnols, on a dit ça des Portugais, on a dit ça des Arabes» et «décréter par avance que c'est impossible me paraît excessif et mérite d'être corrigé», a ajouté M. Montebourg. «Je n'ai rien à corriger, mes propos ne choquent que ceux qui ne connaissent pas le dossier», a rétorqué Manuel Valls, mercredi matin, sur RMC-BFMTV.

Soutien de Delanoë

Le ministre de l’Intérieur a reçu le soutien indirect d'un poids lourd de la majorité, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, qui a revendiqué le démantèlement de 18 campements dans la capitale depuis le début de l'année.

La politique française de démantèlement forcé de camps de Roms, entamée par l'ex-président de droite Nicolas Sarkozy et poursuivie par le nouveau gouvernement socialiste, a été critiquée par des ONG françaises et par les Nations unies. Fin septembre 2012, la police avait démantelé un réseau de délinquants soupçonnés d'avoir contraint sous la violence des enfants roms à voler dans Paris. Quelque 20 000 Roms, principalement originaires de Roumanie ou de Bulgarie, vivent en France. En 2012, la France a expulsé 12 800 Roumains et Bulgares sur un nombre record de près de 37 000 reconduites à la frontière.

(L'essentiel Online/AFP)