Un député s'en prend à Guéant
07 février 2012 16:33; Act: 07.02.2012 18:04 Print
Clash à l'Assemblée nationale
Les ministres français ont quitté mardi l'Assemblée, après qu'un député de gauche a évoqué «camps de concentrations» et «régime nazi», en référence à des déclarations du ministre de l'Intérieur.
Lors d'un colloque samedi, le ministre de l'Intérieur Claude Guéant avait jugé que «toutes les civilisations ne se valent pas», provoquant une vive polémique. «Celles qui défendent l'humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient (...). Celles qui défendent la liberté, l'égalité et la fraternité, nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique», avait-il argumenté. Ces propos ont suscité un torrent de critiques des associations antiracistes et de l'opposition qui ont accusé le ministre de l'Intérieur de faire le jeu de l'extrême droite.
La droite demande des excuses«François Fillon déplore que l'opposition ait choisi d'avoir recours à une provocation indécente lors de la séance des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale», a indiqué Matignon dans un communiqué, peu après la suspension de la séance à l'Assemblée nationale. «Le Premier ministre demande aux responsables de l'opposition de condamner les propos tenus dans l'hémicycle», poursuivent les services de M. Fillon. «Il est des comparaisons qui font honte à ceux qui les professent», ajoutent-ils. «La France est une démocratie, un État de droit dans lequel la parole libre ne saurait servir à salir, même un adversaire politique», selon Matignon.
«Le martyre des victimes de la Seconde Guerre mondiale ne doit pas être galvaudé pour des raisons partisanes», conclut le communiqué. Le président de l'Assemblée, Bernard Accoyer (UMP), a lui qualifié l'incident de «particulièrement grave» et mis en garde contre la «gravité d'un certain nombre de propos qui peuvent dériver vers des amalgames historiques inappropriés».
«M. Guéant, vous privilégiez l'ombre, vous nous ramenez jour après jour à ces idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration», a déclaré mardi le député apparenté socialiste de la Martinique (île des Antilles françaises) Serge Letchimy, avant de se référer dans le brouhaha au «régime nazi». Le départ des membres du gouvernement s'est accompagné de celui des députés de droite, après que le président de l'Assemblée a vainement appelé au calme.
«C'est du bon sens»
Le président Nicolas Sarkozy avait défendu lundi son ministre. «Nous sommes dans une de ces polémiques ridicules dont seul le milieu politique sait en donner l'illustration», a-t-il déclaré dans un entretien diffusé sur les chaînes françaises et allemandes France 2 et ZDF. «Le ministre de l'Intérieur a dit qu'une civilisation, un régime, une société qui n'accordaient pas la même place et les mêmes droits à des hommes et à des femmes, ça n'avait pas la même valeur», avait-il poursuivi, ajoutant: «C'est du bon sens».
Plus tôt mardi, Claude Guéant avait écrit au Conseil français du culte musulman (CFCM), qui s'était ému de ses déclarations, pour l'assurer que ses propos ne visaient pas les musulmans français. «Mon propos de bon sens et d'évidence ne visait aucune culture en particulier, ni nos concitoyens de confession musulmane qui respectent et adhèrent pleinement aux valeurs de la République, et dont la République respecte et protège les croyances», selon M. Guéant.
Pour sa part, le candidat socialiste à la présidentielle et favori des sondages de l'élection d'avril-mai, François Hollande, a jugé que M. Guéant «ferait mieux de s'occuper de la société plutôt que de faire des phrases sur la civilisation». Ces derniers mois, Claude Guéant avait déjà suscité la controverse, en déclarant notamment en avril que l'augmentation du nombre de fidèles musulmans posait «problème», ou en désignant les Roms ou Comoriens comme les principaux acteurs de la délinquance à Paris et à Marseille.
(L'essentiel Online/AFP)


















