En France

10 janvier 2015 10:52; Act: 10.01.2015 11:06 Print

Après trois jours de violences, place au deuil

C'est une France soulagée mais traumatisée et traversée par de nombreuses interrogations qui s'apprête à manifester en masse à la mémoire des victimes tombées pendant trois journées noires.

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Journalistes, policiers, employés, clients d'une enseigne casher: depuis l'attaque mercredi contre le journal satirique Charlie Hebdo, qui a bouleversé le monde, le bilan est de 20 morts dont les trois assaillants. La compagne du preneur d'otage de l'épicerie casher, Hayat Boumediene, est quant à elle «toujours recherchée» dans l'enquête sur la fusillade mortelle de jeudi matin à Montrouge. Ce bilan, pour des actes terroristes en France, est sans précédent depuis au moins un demi-siècle et laisse un pays en proie à un profond traumatisme et à de nombreuses interrogations sur son dispositif de sécurité. Ces tueurs «sont des gamins de France» qui ont été «fanatisés ici», constate amèrement Libération. «Justice est faite» pour Le Figaro, qui estime cependant, comme l'a dit François Hollande vendredi soir, que «ce dénouement ne marque pas (...) la fin de la guerre engagée contre notre pays par des fanatiques».

Après ce dénouement sanglant, place au deuil et aux démonstrations de force démocratiques. Dès samedi, des manifestations sont prévues à Lyon, Marseille, Nice, Toulouse, Lille, Lyon, Nantes mais aussi à Just-le-Martel (Haute-Vienne) où se tient un salon international du dessin de presse et d'humour. Dimanche, surtout, une manifestation monstre à Paris, en présence du président Hollande et de dirigeants étrangers, en premier lieu européens (Merkel, Cameron, Renzi, Rajoy, Tusk), devrait faire entendre la détermination de tout un pays à défendre ses valeurs en rendant hommage aux victimes. François Hollande a appelé tous les Français à «se lever» dimanche, dans la capitale comme dans les grandes villes du pays, pour «porter ces valeurs de démocratie, de liberté, de pluralisme auxquelles nous sommes tous attachés».

Plus de 500 appels en 2014 entre les compagnes de Chérif Kouachi et Amédy Coulibaly

Si les principaux protagonistes sont morts, une montagne de travail attend les enquêteurs pour déterminer d'éventuelles complicités. D'importants travaux d'analyse de téléphonie, de pièces saisies lors de perquisitions, d'éventuels flux financiers sont en cours. Le débat ne manquera pas d'investir le champ politique, ces attaques plaçant la France devant de nombreuses interrogations sur son dispositif de sécurité. «Quand il y a 17 morts, c'est qu'il y a eu des failles», a déclaré Manuel Valls, rappelant les «centaines d'individus qui partent en Syrie et en Irak» où ils sont «formés au terrorisme». La traque des auteurs de l'attentat contre Charlie Hebdo s'est achevée dans le sang vendredi: les deux frères Kouachi et un de leur acolyte, Amedy Coulibaly, se revendiquant pour les premiers d'Al-Qaïda et pour le troisième du groupe État islamique, ont été tués, ainsi que quatre otages dans un magasin juif de la capitale.

Des liens «constants et soutenus» ont été établis entre les compagnes de Chérif Kouachi et Amédy Coulibaly, qui ont échangé «plus de 500 appels en 2014», a précisé le procureur de Paris François Molins. Amedy Coulibaly, délinquant multirécidiviste déjà condamné dans une affaire d'extrémisme islamiste, avait rencontré Chérif Kouachi en détention, où il s'est radicalisé.

«Ce n'est pas la connerie qui va gagner»

Il est également soupçonné d'être l'auteur d'une fusillade mortelle jeudi matin à Montrouge, près de Paris, tuant une policière municipale et blessant un employé. Le procureur a précisé que son ADN avait été recueilli sur une cagoule laissée sur place. Dans des appels à BFMTV, Chérif Kouachi a eu le temps de dire qu'il avait été envoyé par Al-Qaïda au Yémen et Amedy Coulibaly s'est revendiqué du groupe Etat islamique (EI, actif en Irak et Syrie) et a dit s'être «synchronisé» avec les Kouachi pour les attaques. Les deux hommes avaient été impliqués en 2010 dans l'enquête sur une tentative d'évasion de Smaïn Aït Ali Belkacem, ancien du Groupe islamique armé algérien (GIA), condamné pour un attentat dans le RER à Paris en 1995. Kouachi avait bénéficié d'un non-lieu. Coulibaly avait été condamné à cinq ans de prison en décembre 2013, peine qu'il a achevé de purger en mai compte tenu des remises de peine.

Un blessé grave de l'attentat contre Charlie Hebdo reste entre la vie et la mort, a précisé le procureur. Les membres survivants de la rédaction sortiront mercredi un numéro tiré à un million d'exemplaires: «Ce n'est pas la connerie qui va gagner», a promis le chroniqueur Patrick Pelloux, chroniqueur au journal satirique.

(L'essentiel/AFP)