Procès en France

27 septembre 2021 10:47; Act: 27.09.2021 11:28 Print

Battue, elle aurait étranglé son mari avec la rallonge

Une quinquagénaire comparaît pour avoir tué son mari, après avoir subi des années sa violence. Hébétée, elle était restée quinze jours avec son cadavre.

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Photo d’illustration. (photo: AFP)

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Elle assure l’avoir étranglé pour se défendre, après 26 ans de violences conjugales: une quinquagénaire comparaît mercredi devant les assises du Pas-de-Calais, en France, pour le meurtre de son mari, dans des circonstances troubles, l’enquête n’ayant pas pu déterminer clairement les causes du décès. Le 3 avril 2015, le corps de Reynald S., 49 ans, est découvert allongé sur son lit, dans l’appartement qu’il partage avec son épouse. Mort depuis une quinzaine de jours, il se trouve en état de putréfaction.

Sa femme Laurence S., 47 ans au moment des faits, est restée cloîtrée au domicile depuis le drame. Elle explique rapidement aux enquêteurs qu’au cours d’une violente dispute, elle a étranglé son mari avec la rallonge du fer à repasser, alors qu’il venait d’essayer de l’étouffer avec un oreiller. Il ne s’est pas défendu, assure-t-elle, lui prêtant au fil des interrogatoires des intentions suicidaires.

Autoritaire et dépressif

Coups, insultes, menaces: selon ses déclarations, étayées par les témoignages de l’entourage du couple, Laurence S. était victime de violences physiques et psychologiques depuis 26 ans. Son époux, atteint de troubles bipolaires et qui l’accusait d’une relation extraconjugale, était devenu de plus en plus agressif au fil des années, alors que s’accentuaient leurs difficultés financières. Caissière dans une grande surface, Laurence S. assure avoir été contrainte par son époux de voler dans la caisse.

«Quand l’employeur s’en est aperçu, il était tellement au courant de ce qu’elle subissait qu’il lui a demandé de démissionner, mais n’a pas déposé plainte pour les détournements d’argent, qui représentaient près de 20 000 euros au total», commente l’avocate de l’accusée, Me Emmanuelle Mauro. Parmi les proches et voisins interrogés au cours de l’enquête – dont des parents de Reynald S. – très peu ont constaté des traces de coups, mais tous ont fait état de violences psychologiques, des brimades et humiliations subies par une femme «sous emprise», particulièrement isolée.

«Faux souvenirs?»

Ils ont décrit la victime comme un homme colérique, autoritaire et dépressif. Il était suivi depuis une quinzaine d’années par un psychiatre, à la suite de deux tentatives de suicide. Ni la fille de Reynald S. ni aucun de ses proches ne se sont portés partie civile. En mai, lors d’une première journée de procès, finalement reporté suite au malaise d’un membre de la cour, aucun proche de la victime n’était présent. Mais outre la question des violences «et de la légitime défense (...) la première question à trancher c’est: Est-ce que monsieur est bien mort des suites d’un homicide volontaire?», s’interroge Me Emmanuelle Mauro.

Car selon le rapport d’autopsie, corroboré par des analyses complémentaires, les constatations scientifiques ne sont «pas compatibles» avec une strangulation à l’aide d’un câble ou d’un lien. Les analyses n’ont pas permis d’identifier de cause traumatique ou lésion expliquant la survenue de la mort. Une médecin a relevé des signes d’infarctus «anciens», une autre a considéré le malaise cardiaque comme sa «première hypothèse», évoquant aussi une possible asphyxie à l’aide d’un objet appliqué sur le visage.

«L’une des pistes que je soumets à la cour, c’est "Est-ce que Madame ne se serait pas convaincue d’avoir tué son mari?". Elle est restée dans l’appartement avec le cadavre de son époux pendant quinze jours. On peut légitimement se demander quel était son état de santé mentale, et si finalement elle ne peut pas s’être convaincue d’avoir donné la mort», créant ensuite «de faux souvenirs», avance Me Mauro.

(L'essentiel/afp)