France

17 septembre 2019 14:09; Act: 17.09.2019 14:35 Print

«C'est un choix politique de ne pas les sauver»

Retenus dans des camps en Syrie, des femmes et enfants de jihadistes français portent plainte contre le ministre français des Affaires étrangères pour «omission de porter secours».

Christine Morin, mère d'un djihadiste tué en Syrie en début d'année 2019, se bat pour ramener sa petite-fille de deux ans qui vit actuellement à Al-Hol, avec sa mère.

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Une dizaine de familles de jihadistes français ont porté plainte contre le chef de la diplomatie française. Retenus dans des camps kurdes en Syrie, elles accusent Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, d'«omission de porter secours», mettant en cause l'inaction de Paris dans ce dossier sensible.

Ces plaintes, dont l'AFP a eu connaissance, ont été déposées en juillet et en septembre, en France, auprès de la Cour de justice de la République par les avocats Marie Dosé, Henri Leclerc et Gérard Tcholakian. Les plaignants, des femmes et des enfants de jihadistes français, reprochent au ministre des Affaires étrangères de refuser, de manière «pesée, volontaire et intentionnelle», de les rapatrier alors qu'ils sont «en situation de péril».

Contexte d'hostilité en France

«Depuis des mois, les Kurdes n'ont de cesse d'exhorter les États à prendre leurs responsabilités et à rapatrier leurs ressortissants», observent les familles dans ces plaintes. Or, jusqu'ici, le gouvernement français n'a accepté de rapatrier des enfants de ces camps qu'au «cas par cas», insistent-elles.

Après des mois de tergiversations dans un contexte d'hostilité d'une opinion française marquée par la vague d'attentats jihadistes depuis 2015, Paris a procédé à plusieurs rapatriements depuis mars, notamment en juin celui de 12 enfants, dont la majorité étaient des orphelins.

Une grand-mère se bat pour ramener sa petite-fille

«Je veux la tirer de là-dedans!» confie Christine Morin à l'AFP. Cette grand-mère se bat pour que sa petite-fille soit rapatriée en France, comme l'ont été certains orphelins de jihadistes français en juin. Sa petite-fille de deux ans vit actuellement à Al-Hol, avec sa mère, une Turque. Son père était parti en Syrie en suivant un recruteur avec qui il aurait péri, fin février, pendant la bataille de Baghouz.

Températures extrêmes aussi bien en été qu'en hiver, manque d'eau et de vivres, épidémies de tuberculose ou encore de choléra, absence de soins... Les plaignants décrivent des conditions qui ne cessent d'empirer dans ces camps, où règne par ailleurs un «climat d'insécurité» croissant. Au total, quelque 12 000 étrangers - 4 000 femmes et 8 000 enfants - se trouvent dans les camps du nord-est, selon les autorités kurdes.

«C'est un choix politique de ne pas sauver ces enfants et ces mères détenus arbitrairement», insiste auprès de l'AFP Me Dosé, affirmant qu'un enfant français de 12 ans était mort la semaine dernière dans le camp d'Al-Hol.

«La France respecte ses engagements internationaux»

Sollicité par l'AFP, le Quai d'Orsay n'avait pas réagi lundi en fin de matinée. La commission des requêtes de la Cour de justice doit désormais se prononcer sur la recevabilité des plaintes. Depuis un an, des recours ont été lancés tous azimuts pour tenter de faire rapatrier ces personnes. Au début de l'année, les autorités françaises avaient préparé un plan de rapatriement global des jihadistes et de leurs familles, qui n'a toutefois jamais été mis en œuvre, selon des documents révélés par le journal Libération et consultés par l'AFP.

Début juillet, les trois avocats avaient déjà déposé auprès du tribunal de Paris une dizaine de plaintes avec constitution de parties civiles pour «détention arbitraire» et «séquestration», après le classement de plaintes initiales par le parquet de Paris en 2018. En début d'année, plusieurs avocats, dont Me Dosé et Me Leclerc, ont aussi attaqué l'État français devant le Comité des droits de l'enfant, organisme de l'ONU. Dans un courrier daté de mi-juin, le Premier ministre français Édouard Philippe a de son côté rejeté les critiques contre le gouvernement, assurant que la France respectait ses engagements internationaux.

(L'essentiel/afp)