Procès Benalla

22 septembre 2021 23:33; Act: 23.09.2021 12:44 Print

«Ça m'a coûté cher, mais je ne regrette absolument pas»

L’ex-garde du corps de Macron, jugé pour des faits de violences en 2018, a estimé mercredi, avoir eu un réflexe citoyen en arrêtant brutalement un manifestant lors d'un défilé.

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Alexandre Benalla, ancien garde du corps du président français, comparaît depuis le 13 septembre, pour avoir brutalisé des civils en marge du défilé du 1er Mai 2018. (photo: AFP)

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«Ça s’est passé en quelques secondes»: Alexandre Benalla a affirmé mercredi, au tribunal de Paris, avoir eu un «réflexe citoyen» en appréhendant un manifestant au Jardin des Plantes, le 1er Mai 2018, alors qu’il n’assistait au défilé qu’en tant qu’«observateur». C’est le premier «épisode» de la journée du 1er mai 2018, à 17h, deux heures avant les images de la place de la Contrescarpe, qui avaient déclenché un scandale politique retentissant.

La vidéo, projetée sur l’écran de la salle d’audience, montre Alexandre Benalla, capuche grise et manteau noir, tordre le bras d’un manifestant, pendant que Vincent Crase – alors employé de LREM et venu lui aussi en «observateur» – tient l’homme de l’autre côté. Ses cheveux et sa barbe ont poussé mais, trois ans plus tard, Khélifa M. est à la barre et confirme prudemment son récit, contenu dans sa plainte du 8 août 2018. Il y narrait avoir été mis au sol par des policiers puis remis aux deux «observateurs», qu’il avait pris pour des policiers en civil.

Il jouait au patron, au cow-boy

Un coup de matraque dans le tibia, un coup de lacrymogène, il ajoutait avoir entendu les deux hommes donner des ordres. «Embarquez-le», «Ne le soignez pas», puis, à un policier qui demandait «qui était l’agent interpellateur», cette réponse: «C’est toi!» «C’était eux les patrons, un peu comme des cow-boys», résumait-il pendant l’instruction. Ces mots prononcés ce jour-là, le jeune homme s’en rappelle. Il précise: «Je n’ai pas vu la matraque, j’ai juste entendu et senti la matraque sur ma jambe. J’étais déjà en panique.»

En 2019 puis 2020, l’homme a été condamné en première instance puis en appel à 6 mois d’emprisonnement avec sursis pour violences sur des policiers. Il a toujours nié avoir jeté le moindre caillou, expliquant s’être réfugié au Jardin des Plantes pour échapper aux gaz lacrymogènes et au mouvement de panique quand la manifestation a dégénéré. À ce procès, il est partie civile. «Je n’ai jamais porté de coup», s’est défendu Vincent Crase, reconnaissant pourtant, face aux images projetées sur l’écran, qu’il avait bien une matraque ce jour-là.

«Pour moi, c’était anecdotique»

Ces agissements n’avaient fait surface que plusieurs jours après la publication de l’article du «Monde», le 18 juillet 2018, identifiant Alexandre Benalla, proche collaborateur d’Emmanuel Macron, comme l’homme qui brutalisait un couple. Licencié puis placé en garde à vue pour «violences», Alexandre Benalla ne parlera cependant pas du Jardin des Plantes. «Pour moi, c’était anecdotique, dit-il avec aplomb à la barre. D’avoir arrêté des personnes qui venaient d’agresser des policiers, ça me paraissait quelque chose de normal. En général je trouve que ce que j’ai fait était légitime», plaide-t-il.

Les deux hommes, accompagnés par un major de la Préfecture de police de Paris, ont à ce moment-là vu la «nébuleuse» des «black blocks» se former, puis la dégradation d’un restaurant McDonald’s et d’un concessionnaire automobile. «Ça pète de partout, résume Alexandre Benalla. Dans mes souvenirs, je vois un homme donner un coup de pied, je vois un CRS qui tombe par terre, tout se passe en quelques secondes, dit-il, je me mets à courir».

Aux policiers, «est-ce que vous ne devriez pas dire: je suis observateur?» s’étonne le juge assesseur Edmond Brunaud. «À ce moment-là, j’y pense pas, on est dans le feu de l’action, il y a eu un coup d’adrénaline», répond Alexandre Benalla. «Des coups d’adrénaline, il va y en avoir plusieurs alors», suggère le magistrat. «C’était une journée particulière», conclut l’ex-garde du corps de Macron.

(L'essentiel/afp)