Après l'affaire Cahuzac

10 avril 2013 13:37; Act: 10.04.2013 13:56 Print

Hollande veut «éradiquer» les paradis fiscaux

Le président français a annoncé mercredi sa volonté de voir disparaître les paradis fiscaux en Europe et dans le monde, via notamment l'imposition d'un devoir de transparence des banques françaises.

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Il y a la «nécessité d'une lutte implacable contre les dérives de l'argent, la cupidité et la finance occulte», a indiqué le président français. (AFP)

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Ces annonces interviennent dans la foulée du scandale Jérôme Cahuzac, du nom de son ex-ministre du Budget qui a avoué détenir à l'étranger un compte secret depuis une vingtaine d'années et menti au président et au Parlement français. Elles entrent dans le cadre d'une volonté de moraliser la vie publique, avec une lutte accrue contre les conflits d'intérêts et les paradis fiscaux, assorties de sanctions renforcées contre les fraudeurs. L'affaire Cahuzac a provoqué un séisme politique en France, va donner lieu à un projet de loi présenté le 24 avril, et se traduit depuis plusieurs jours par un vif débat dans la société française sur la publication des patrimoines des élus.

Il y a la «nécessité d'une lutte implacable contre les dérives de l'argent, la cupidité et la finance occulte». «Les paradis fiscaux doivent être éradiqués en Europe et dans le monde parce que c'est la condition pour préserver l'emploi», a déclaré lors d'une conférence de presse impromptue François Hollande, à l'issue du Conseil des ministres hebdomadaire. «Je n'hésiterai pas à considérer comme paradis fiscal tout pays qui refuserait de coopérer pleinement avec la France», a-t-il ajouté.

«Je serai implacable»

Huit jours après les aveux de Jérôme Cahuzac, le climat politique reste délétère en France, avec une opposition arc-boutée sur une demande de grand ménage dans l'exécutif socialiste français et une majorité qui affirme que l'affaire Cahuzac est la «trahison» d'un homme isolé qui ne doit pas entraîner dans sa chute l'ensemble du gouvernement. «La défaillance d'un homme ne doit pas jeter le discrédit, le soupçon sur les élus qui se dévouent pour le bien public sans en retirer le moindre avantage», a insisté François Hollande.

Après seulement onze mois de pouvoir, le président socialiste est en dessous de 30% d'opinions favorables dans les sondages. «Je serai implacable parce que j'ai été élu sur cette volonté d'une république exemplaire et croyez bien que j'ai été blessé, heurté, meurtri même par ce qui s'est produit, qui va contre toutes mes conceptions personnelles, mes exigences politiques, mes engagements», a déclaré François Hollande. Sur son injonction, ses ministres ont commencé à publier leur patrimoine, s'attirant parfois des ricanements ou de l'ironie, notamment sur les réseaux sociaux.

Gare au «voyeurisme»

Gare au «voyeurisme», a lancé le patron de l'UMP (opposition de droite) Jean-François Copé. «Pourquoi ne pas publier le patrimoine de chaque Français», a renchéri le chef des députés de ce mouvement, Christian Jacob. Au-delà des querelles politiques, les réactions d'élus courroucés sont à l'image des Français qui ont généralement du mal à révéler leurs revenus. «Il y a une hésitation légitime à avoir car ce sont des éléments privés qui seront rendus publics. Mais dans toute une série de pays, cette transparence existe déjà et est entrée dans les mœurs», relève une source gouvernementale.

Lors de sa conférence de presse, le président français a aussi annoncé «la création d'un parquet financier, avec une compétence nationale, qui pourra agir sur les affaires de corruption et de grandes fraudes fiscales». Par ailleurs, une Haute autorité contrôlera le patrimoine et les éventuels conflits d'intérêts des ministres, parlementaires et grands élus, a aussi promis François Hollande.

(L'essentiel Online/AFP)