Tuerie à la préfecture de Paris

10 octobre 2019 16:33; Act: 10.10.2019 16:53 Print

«Il est bizarre, comment tu le trouves?»

La femme du tueur n'a cessé de répéter sa sidération face aux enquêteurs. Le matin du drame, elle avait envoyé un SMS inquiet à un collègue de son époux.

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Arrêtée quelques heures après la tuerie survenue à la préfecture de police de Paris, l'épouse de Mickaël Harpon a été libérée dimanche soir. Ilham a été auditionnée à huit reprises avec l'aide d'un traducteur en langue des signes, car elle est sourde. Franceinfo a eu accès au témoignage de la femme de 38 ans, qui n'a cessé de répéter qu'elle ignorait tout des intentions de son mari.

L'épouse de Mickaël Harpon est longuement revenue sur la nuit précédant l'attaque. Elle a raconté que vers 4h du matin, le trentenaire était entré dans une sorte de transe, comme une «crise mystique», la réveillant elle et leurs enfants de 3 et 9 ans. L'individu s'est mis à réciter des versets du Coran et à crier Allah Akbar. Il a ensuite expliqué à sa femme qu'il entendait des voix, et qu'il fallait qu'elle «protège leurs enfants».

«Comment vas-tu?»

Ilham a fini par rendormir sa progéniture avant de retourner se coucher. Le lendemain matin, elle a retrouvé Mickaël Harpon prostré dans le salon et s'est inquiétée de le voir partir travailler dans un tel état. L'analyse de la téléphonie mobile du couple a révélé que le tueur avait échangé 33 SMS avec Ilham ce matin-là. «Comment vas-tu?», lui a demandé la trentenaire à plusieurs reprises.

Pas rassurée, l'épouse de Mickaël Harpon a écrit à un des collègues de son époux: «Il est bizarre, comment tu le trouves?» En recevant sur son téléphone une alerte évoquant une tuerie à la préfecture, Ilham a tout de suite envoyé un message à son mari ainsi qu'à plusieurs connaissances travaillant à la préfecture. Quand les policiers ont débarqué chez elle pour fouiller l'appartement et la placer en garde à vue, ils lui ont parlé sans savoir qu'elle était sourde. La trentenaire ignorait alors que son mari venait de poignarder quatre personnes avant d'être abattu.

«Pas un seul instant, je n'ai pensé qu'il pouvait s'en prendre à quelqu'un d'autre que lui-même», a martelé Ilham devant les enquêteurs. Ni elle ni sa famille n'ont jamais été soupçonnés de radicalisation. Née en France de parents marocains, la mère de famille ne porte pas le voile et s'habille à l'occidentale. Elle a fait des études puis a travaillé, avant d'arrêter après la naissance de son deuxième enfant.

(L'essentiel/joc)