En France

21 septembre 2019 12:48; Act: 21.09.2019 12:50 Print

Jugées ce lundi pour un attentat avorté au gaz

Dès lundi, la justice française va se pencher sur le sort de cinq femmes, accusées d'avoir voulu perpétrer un attentat près de Notre-Dame, en 2016.

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Dans la nuit du 3 au 4 septembre 2016, deux des accusées garent devant des restaurants près de Notre-Dame une Peugeot 607 remplie de six bonbonnes de gaz.

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Un «commando» de femmes aux assises: cinq djihadistes présumées et leur inspirateur Rachid K., propagandiste du groupe Etat islamique probablement mort en Irak, sont jugés à partir de lundi à Paris, trois ans après un attentat raté près de Notre-Dame. Cette affaire avait révélé le rôle actif des femmes dans le jihad, prêtes à commettre une attaque en France à défaut de pouvoir partir en Syrie ou en Irak. C'est la première fois que cinq femmes sont jugées aux assises dans un dossier terroriste islamiste. Une sixième comparaît pour le délit de «non dénonciation de crime terroriste».

Aujourd'hui âgées de 22 à 42 ans, les cinq accusées sont soupçonnées d'avoir voulu lancer des attaques en septembre 2016 en suivant les consignes de Rachid K. Ce dernier avait déjà inspiré l'assassinat d'un policier et de sa femme à Magnanville (Yvelines) en juin de cette année-là, puis, en juillet, celui d'un prêtre à Saint-Etienne-du-Rouvray, en Normandie. François Molins, alors procureur de Paris, avait évoqué «un commando terroriste composé de jeunes femmes totalement réceptives à l'idéologie mortifère de Daech».

Mauvais choix de carburant

Dans la nuit du 3 au 4 septembre 2016, après avoir envoyé une vidéo de revendication à Rachid K., deux des accusées, Inès M. et Ornella G., garent devant des restaurants près de Notre-Dame une Peugeot 607 remplie de six bonbonnes de gaz. Elles jettent une cigarette, après avoir aspergé la voiture de gasoil. Mais il n'y a pas d'explosion: ce carburant est très difficilement inflammable. Selon les magistrats instructeurs, «seul un mauvais choix de carburant (...) a fait échec à leur tentative» dont le mode opératoire «augurait d'un carnage». Ornella G. est arrêtée le 6 septembre dans le sud de la France, alors qu'elle tente de prendre la fuite tandis qu'Inès M., suivant les conseils de Rachid K., se rend à Boussy-Saint-Antoine, dans l'Essonne, chez une autre femme, Amel S.

Ces deux femmes sont rejointes par Sarah H., elle aussi guidée par le djihadiste, sur des messageries cryptées. Le 8 septembre, se sachant traquées par la police, elles quittent l'appartement armées de couteaux de cuisine. Sur le parking, Sarah H. porte un coup de couteau à un policier en civil de la DGSI qui se trouve dans une camionnette. Inès M. est elle blessée aux jambes par un policier qui lui tire dessus. Inès M., 22 ans, sera notamment jugée pour «tentative d'assassinat sur une personne dépositaire de l'autorité publique», mais nie avoir voulu s'attaquer au policier: elle lui aurait crié «Tue-moi», voulant mourir en martyr.

Perpétuité encourue

Inès M., qui encourt la perpétuité, a fait figure de mentor pour les «sœurs» du jihad. Elle est notamment connue pour avoir incité des femmes à rejoindre Daesh, en utilisant des pseudonymes de combattants sur les réseaux sociaux. Au téléphone, elle modifiait sa voix pour passer pour un homme. Ainsi, Ornella G. aurait découvert seulement après l'attentat raté près de Notre-Dame que le djihadiste, dont elle était tombée amoureuse sur internet, Abou J., était en réalité Inès M. En avril, Inès M. a été condamnée à huit ans de prison pour avoir incité des candidats au jihad à rejoindre la Syrie ou à commettre des attaques en France et en Belgique, entre mars 2015 et juin 2016.

Mais pour son avocat Laurent Pasquet Marinacce, cette image de mentor n'est qu'une «légende», l'affaire de Notre-Dame relève «d'une émulation collective». Selon lui, «les grands responsables, ce sont les hommes qui, en Syrie, ont tiré les ficelles».

(L'essentiel/afp)