Attaque en France

06 avril 2020 13:06; Act: 07.04.2020 09:54 Print

L'assaillant était «aigri» à cause du confinement

Des passants et des clients de commerce ont été poignardés, samedi, en plein confinement, à Romans-sur-Isère (Drôme) par un réfugié soudanais.

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Quel a été le périple de l'assaillant? Qui sont les victimes?

Vers 10h50, la police reçoit plusieurs appels pour signaler une attaque au couteau à Romans-sur-Isère (Drôme). Armé d'un couteau, Abdallah Ahmed-Osman a d'abord attaqué des personnes dans un bureau de tabac. Il a ensuite tué un client dans une boucherie. «Ma femme a essayé de porter assistance à la victime, en vain», relate à l'AFP Ludovic Breyton, le patron de l'établissement.

L'homme a ensuite poursuivi sa course dans le centre de cette ville de 35 000 habitants, attaquant «ceux qui avaient la malchance de se trouver sur son passage», selon la maire de la commune, Marie-Hélène Thoraval, Julien Vinson qui cogérait avec son père et son frère un café-théâtre, a été tué. «Tous les Romanais les connaissent», souligne Sandrine Nodon, représentante de l'association des commerçants du centre-ville.

Lorsque six policiers arrivent sur place, Abdallah Ahmed-Osman s'est agenouillé, a lâché son couteau et psalmodié en arabe, selon une source proche de l'enquête. Il a été arrêté sans difficulté. Dimanche matin, selon cette même source, deux blessés étaient en soins intensifs mais stables. Un troisième est en salle de réveil et deux autres ont quitté l'hôpital.

Que sait-on de l'assaillant?

Le suspect est né le 1er janvier 1987 à Tendelti, au Soudan. Cet homme de nationalité soudanaise est entré en France en août 2016, a obtenu le statut de réfugié fin juin 2017 et le mois suivant un titre de séjour de dix ans par la préfecture de la Drôme. Il est inconnu des services de police ou de renseignement français ou européens et n'avait «a priori pas d'antécédents médicaux», d'après le parquet national antiterroriste (PNAT). Selon une source proche de l'enquête, l'homme de 33 ans a dit aux enquêteurs «ne pas se souvenir de ce qui s'est passé». Une expertise psychiatrique, prévue dimanche, a été repoussée.

Abdallah Ahmed-Osman a d'abord vécu à Moras-en-Valloire, dans le nord du département, «accompagné par les services de l'État et le Secours catholique», selon un communiqué du maire de la commune, Aurélien Ferlay. «Rien, absolument rien, ne laissait présager (son) acte immonde». Il se serait installé fin 2019 dans le centre de Romans-sur-Isère, dans un logement, à quelques mètres des lieux de l'attaque.

Début 2020, il a obtenu un certificat professionnel de maroquinerie, et travaillait dans une entreprise spécialisée dans le secteur. «C'était un jeune homme très discret, apprécié de tous, travailleur. On n'a rien vu venir, c'est terrible !», a déclaré un membre de la direction au quotidien régional Le Dauphiné Libéré.

L'assaillant de Romans-sur-Isère «ne se sentait pas bien depuis plusieurs jours» et était «assez aigri» à cause du confinement, selon les déclarations de plusieurs témoins rapportées à l'AFP par une source proche de l'enquête. De même source, lors d'une perquisition chez lui, les enquêteurs ont retrouvé six téléphones et une clé USB.

A-t-il agi seul ?

«À notre connaissance, il aurait agi seul», a affirmé dimanche sur France Interl e secrétaire d'État à l'Intérieur, Laurent Nuñez. Samedi, deux autres Soudanais ont été placés en garde à vue.

Le premier, «un ami», a 28 ans, est également réfugié et a été rapidement interpellé au domicile d'Abdallah Ahmed-Osman. Il est «inconnu de tous les services», selon une source proche de l'enquête. «Il a dit qu'il venait voir son copain parce qu'il allait pas bien», a déclaré un témoin. Lors de la perquisition au domicile de Valence de ce second homme, les policiers ont arrêté le troisième homme, demandeur d'asile depuis le 2 mars.

Pourquoi le parquet national antiterroriste s'est-il saisi?

Le PNAT a ouvert samedi une enquête notamment pour «assassinats en relation avec une entreprise terroriste» et «association de malfaiteurs terroriste criminelle». Les premiers éléments de l'enquête sur Abdallah Ahmed-Osman ont montré une volonté de «troubler gravement l'ordre public par l'intimidation ou la terreur», selon le PNAT.

De même source, lors d'une perquisition à son domicile, ont été trouvés «des documents manuscrits à connotation religieuse dans lesquels l'auteur des lignes se plaint notamment de vivre dans un pays de mécréants», «a priori» écrits par lui.

Aucune référence au groupe djihadiste État islamique ou une autre organisation terroriste n'a toutefois été trouvée «à ce stade, mais les exploitations commencent à peine», soulignent deux sources proches de l'enquête. «Il n'a jamais présenté un signe de radicalisation» a déclaré son employeur au Dauphiné Libéré.

(L'essentiel/utes/afp)