«Disparues de Perpignan»

09 juin 2015 12:54; Act: 09.06.2015 16:05 Print

Le meurtre barbare résolu 17 ans après les faits

Le même homme, Jacques Rançon, vient d'avouer le deuxième des meurtres barbares de jeunes femmes qui avaient terrorisé Perpignan en 1997 et 1998.

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Jacques Rançon, déjà mis en examen pour l'assassinat de Mokhtaria Chaïb, et emprisonné depuis octobre 2014, a avoué le meurtre de Marie-Hélène Gonzales alors qu'il venait d'être placé une nouvelle fois en garde à vue, lundi. (photo: AFP)

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Le spectre d'un tueur en série avait secoué la ville catalane à la fin des années 1990, d'autant qu'une lycéenne de 17 ans, Tatiana Andujar, avait déjà disparu en septembre 1995 dans le même quartier de la gare de Perpignan. Elle n'a jamais été retrouvée. Moktaria Chaïb, une étudiante de 19 ans, avait disparu dans le même quartier en décembre 1997. Elle était retrouvée atrocement mutilée sur un terrain vague le lendemain. Les seins et l'appareil génital de la jeune fille avaient été prélevés de manière quasi-chirurgicale. En juin 1998, Marie-Hélène Gonzales, 22 ans, disparaissait à son tour, près de la gare. Son corps sera découvert 10 jours plus tard à la périphérie de la ville, le 26 juin 1998. Elle avait subi les même mutilations que Moktaria et était en outre décapitée et sans mains.

Jacques Rançon, déjà mis en examen pour l'assassinat de Mokhtaria Chaïb, et emprisonné depuis octobre 2014, a avoué le meurtre de Marie-Hélène Gonzales alors qu'il venait d'être placé une nouvelle fois en garde à vue, lundi. Le quinquagénaire, au lourd passé de délinquant sexuel, a «spontanément» «reconnu être l'auteur de ce meurtre», a confirmé son avocat, Me Xavier Capelet sur iTÉLÉ. Après des années de fausses pistes et de déception, l'une des principales énigmes criminelles des années 1990 en France est en passe d'être résolue, au moins en partie, car Rançon était en prison lorsque Tatiana Andujar a disparu et il n'a pas pu la tuer.

«Nous avions raison d'espérer»

Me Etienne Nicolau, défenseur des familles des victimes et de celle de Tatiana Andujar, a fait part à l'AFP de sa «très grande satisfaction de voir le mystère en grande partie élucidé: cela veut dire que nous avions raison d'espérer pendant toutes ces années». «La famille Gonzales est partagée entre un sentiment de gratitude à l'égard des enquêteurs et juges d'instruction, de soulagement par la mise hors d'état de nuire d'un dangereux criminel, et d'un mélange de souffrance et de haine à l'égard de l'auteur du crime horrible dont leur fille a été victime», a-t-il ajouté.

Dans le dossier de Mokhtaria Chaïb, Rançon, inscrit au fichier des empreintes génétiques, avait été confondu en octobre 2014 par son ADN. Les progrès scientifiques avaient permis de le découvrir sur une chaussure de la victime. Le 16 octobre 2014 il avouait et était mis en examen pour «viol avec arme en récidive et assassinat». Il devait ensuite se rétracter en mars. La similarité des faits et la présence de Rançon à Perpignan, en 1998 comme en 1997, poussait à un rapprochement entre les meurtres de Mlles Chaïb et Gonzales, mais Rançon avait nié toute participation au deuxième meurtre jusqu'à ce début de semaine. Le cariste-magasinier venait d'être mis sous pression dans un autre dossier, la semaine passée. Placé en garde à vue et interrogé sur l'agression en 1998 d'une femme alors âgée de 19 ans, également à Perpignan, il a fini par avouer. La victime avait reçu plusieurs coups de couteau au ventre, manquant de peu d'être égorgée avant de réussir à lui échapper. Il a été mis en examen dans cette affaire pour «tentative d'assassinat», vendredi dernier.

Me Capelet n'a pas été surpris par ses nouveaux aveux. «Objectivement, cela fait depuis la semaine dernière que l'affaire pouvait évoluer dans ce sens-là», a-t-il déclaré sur iTELE. Pour Me Nicolau, qui défend aussi la jeune femme agressée en 1998, «les différents dossiers judiciaires, déjà suivis par les mêmes enquêteurs et le même juge devraient bientôt être officiellement regroupés». Rançon avait déjà été condamné à huit ans de prison à Amiens, en 1994, pour viol. En octobre 2013, il avait encore écopé d'un an pour menaces de mort sur son ex-concubine, mère de ses deux enfants. Il avait été libéré en juillet 2014, après neuf mois de prison.

(L'essentiel/AFP)