En France

03 juin 2020 15:45; Act: 03.06.2020 16:42 Print

Les «thérapies» de conversion interdites?

Une députée française va déposer une proposition de loi pour interdire ces pratiques qui prétendent changer l'orientation sexuelle de ses victimes.

storybild

Les «thérapies» de conversion prétendent changer l'orientation sexuelle des gens... (photo: AFP/Jean-sebastien Evrard)

Sur ce sujet
Une faute?

La députée LREM Laurence Vanceunebrock a annoncé mercredi le dépôt d'une proposition de loi pour interdire les «thérapies de conversion», ces pratiques qui prétendent transformer l'orientation sexuelle ou l'identité de genre d'une personne. Le texte n'a toutefois pas encore à ce stade de «date d'inscription à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale», a-t-elle précisé. «Le seul problème, c'est le calendrier» parlementaire, bouleversé par le coronavirus, «mais je vais mettre la pression», assure-t-elle, en espérant un examen début 2021.

La députée de l'Allier avait déjà mené une mission d'information sur le sujet avec son collègue LFI Bastien Lachaud. Sa proposition de loi vise à créer une «infraction spécifique pour prohiber ces pratiques et prévoit des facteurs aggravants pour prendre en compte la situation des mineurs, public particulièrement victime de ces "thérapies"». Cela permettra des plaintes et des poursuites sur ce «thème bien spécifique», et d'établir des «statistiques» qui n'existent pas aujourd'hui en France, souligne-t-elle.

«Exorcismes, viols et excisions»

L'homosexualité, exclue en France, depuis 1992 seulement, de la liste des pathologies psychiatriques, est toujours considérée comme une maladie par les promoteurs de ces «thérapies» de conversion, qui couvrent «un spectre très large de pratiques souvent insidieuses», indiquaient Laurence Vanceunebrock et Bastien Lachaud en décembre, en présentant les conclusions de leur mission d'information parlementaire. Ces «thérapies» sont souvent adossées à des organisations religieuses qui espèrent convaincre les participants qu'il est possible de se convertir à l'hétérosexualité ou encouragent l'abstinence sexuelle.

La mission d'information avait entendu «des témoignages de personnes ayant été victimes ou témoins d'exorcismes», et avait «pris connaissance de faits de viol ou d'excision». Des «thérapies» médicales soumettent les victimes, parfois gavées de médicaments, à des séances d'hypnose ou d'électrochocs, disaient les deux parlementaires, en évoquant aussi des «thérapies» sociétales, avec des recours aux «mariages forcés». Auditionnée par les députés, l'association Le Refuge, qui héberge des personnes homosexuelles rejetées par leur famille, avait expliqué avoir reçu sur sa ligne d'écoute «en moyenne une dizaine d'appels chaque mois en 2019, en forte hausse par rapport aux années précédentes».

Si une étude américaine de janvier 2018 estime à 700 000 le nombre de victimes rien qu'aux États-Unis, il n'existe aucune «mesure objective» du phénomène en France, regrettaient les parlementaires, rappelant la réticence de nombreuses victimes, parfois sous l'emprise de proches, à porter plainte par crainte des représailles.

(L'essentiel/afp)