100e féminicide en France

02 septembre 2019 22:42; Act: 03.09.2019 16:34 Print

«Mais vous êtes où? Elle est morte cette petite!»

Une jeune femme de 21 ans est décédée sous les coups de son compagnon, dans la nuit de vendredi à samedi, à Cagnes-sur-Mer (sud). Une voisine dénonce la lenteur de la police.

Sur ce sujet
Une faute?

Sa mort est considérée comme le centième féminicide survenu en France depuis le début de l'année. Dans la nuit de vendredi à samedi, à Cagnes-sur-Mer (sud-est), une jeune femme de 21 ans a été battue à mort par son compagnon, qui a ensuite abandonné son corps au fond d'une impasse. Une habitante qui a assisté à la scène a prévenu la police, mais ses efforts sont restés vains. Retour sur ces longues et effroyables minutes.

Vendredi soir, dans une rue du centre-ville. Depuis son appartement, Nicole* entend les cris insoutenables d'une jeune femme, qui se trouve en bas de son immeuble. La Française et son fils de 19 ans se précipitent et voient un homme rouer de coups sa victime. Nicole appelle une première fois la police, avant de raccrocher et de rappeler encore. Selon cette voisine, les forces de l'ordre ont mis trop de temps à réagir. «Je suis restée avec eux au téléphone jusqu'à ce que la jeune se fasse assassiner», explique-t-elle à France Bleu.

«Il sautait sur elle comme sur un trampoline»

En contact avec la police, Nicole ne peut que leur décrire ce qu'elle voit. Son fils essaie d'attirer l'attention du jeune homme pour que sa victime puisse s'enfuir, mais l'individu de 26 ans les menace, lui et sa mère. Il prétend être armé, ce qui fait fuir les deux témoins. Toujours au téléphone, Nicole désespère de voir arriver les forces de l'ordre: «Mais là c'est fini! Mais vous êtes où? Je la vois plus, elle est morte cette petite, elle est morte!», lance-t-elle à son interlocuteur.

La police arrive quelques minutes plus tard, mais la rue est calme. Les agents inspectent rapidement les lieux et s'en vont, partant du principe que le couple a fini par se réconcilier. En fait, la jeune femme de 21 ans est morte sous les coups de son compagnon, qui a ensuite abandonné son cadavre dans une impasse, sous un tas d'ordures, à une vingtaine de mètres de là. «Il l'a battue à mort, il sautait sur elle comme sur un trampoline», témoigne Nicole.

Manque de réaction du voisinage

Le corps de la victime a été découvert par hasard par un voisin qui inspectait sa haie. La police a expliqué que le délai d'arrivée des agents sur place dépend des autres interventions en cours et du temps que met l'opérateur à entrer en contact avec la patrouille la plus proche. Mais ce qui a particulièrement marqué Nicole, c'est le manque de réaction du voisinage pendant le drame: «Si moi j'ai entendu, tout le monde a entendu! (...) Personne n'a fait quoi que ce soit! Il y a eu non-assistance à personne en danger», dénonce-t-elle.

Ce sordide meurtre constitue le 100e féminicide survenu cette année en France. Dimanche à Paris, un collectif féministe a décidé de marquer le coup au Trocadéro, rapporte Le Parisien. Les manifestants ont brandi des panneaux dédiés à chacune des 100 femmes battues à mort par leur (ex-)conjoint. Les prénoms des victimes ont par ailleurs été égrenés un à un.

*Prénom d'emprunt

(L'essentiel/joc)