État islamique

01 octobre 2015 14:56; Act: 01.10.2015 17:51 Print

Émilie, fille de gendarme devenue égérie jihadiste

Les États-Unis ont ajouté trois noms de Français à leur liste de «combattants terroristes étrangers»: parmi eux, une femme, figure de la mouvance jihadiste française en Syrie.

Sur ce sujet

Les États-Unis ont ajouté cette semaine trois noms de Français à leur liste de «combattants terroristes étrangers» au Moyen-Orient: parmi eux, Maxime Hauchard, un converti à l'islam identifié fin 2014 comme l'un des bourreaux du groupe État islamique (EI) et une femme, Emilie König, une figure de la mouvance jihadiste française en Syrie qui, si elle ne combat pas, joue un rôle important de propagandiste et de recruteuse. «C'est une personnalité dans la communauté jihadiste, elle est très active sur les réseaux sociaux, sert à la propagande et au recrutement de volontaires», confie un responsable de la lutte antiterroriste, qui demande à rester anonyme. «Nous la connaissons très bien».

Selon lui, c'est la première fois qu'une femme jihadiste est ainsi désignée par les autorités américaines. Emilie König doit sa désignation au fait d'avoir «ordonné à des individus d'attaquer des institutions gouvernementales françaises», selon Washington. Il y a un an, le 23 septembre 2014, son nom avait été ajouté par les Nations unies à sa liste des personnes associées à Al-Qaïda en Irak, et faisant ainsi l'objet de sanctions internationales et d'interdictions de voyager.

En Syrie dès le printemps 2012

Née il y a 31 ans à Lorient, dans l'ouest de la France, d'un père gendarme, dernière d'une famille de quatre, Emilie König suit une scolarité normale, faute d'être brillante, puis se convertit au contact de son premier mari, Algérien d'origine, emprisonné pour trafic de drogue. Elle apprend l'arabe, se fait appeler Samra, se voile entièrement et, au contact d'un groupe islamiste local appelé Forsane Alizza, elle commence sa radicalisation.

Au printemps 2012, convoquée au tribunal de Lorient, elle s'y présente en niqab, refuse de se dévoiler, provoque une altercation avec un vigile.. Après la dissolution du groupe Forsane Alizza, dont les principaux membres ont été traduits en justice, elle ouvre plusieurs pages Facebook appelant à la guerre sainte. Au printemps 2012, elle laisse en France ses deux enfants pour retrouver en Syrie son mari. Ce dernier avait rejoint le groupe qui allait peu après devenir le groupe État islamique. Il est tué ultérieurement.

«N'oubliez pas que vous êtes musulmans»

Emilie König fait donc partie des premiers Français à avoir franchi la frontière turque pour prendre part au jihad en Syrie. Elle est visée notamment en France par une enquête sur le départ en Syrie d'une dizaine de jeunes gens de la région nîmoise, dans le sud du pays. Si elle ne prend pas part aux combats, dans un mouvement où les femmes ne sont pas considérées comme des combattantes potentielles et le plus souvent confinées à des rôles de soutien, Emilie Konig apparaît souvent dans des vidéos de propagande.

Dans l'une d'elles, mise en ligne le 31 mai 2013, elle pose avec un fusil à canon scié, comme si elle s'entraînait au tir. Dans une autre, postée un mois plus tard, elle adresse un message de propagande à ses enfants restés en France. «N'oubliez pas que vous êtes musulmans», dit-elle à ses fils, confiés à leur grand-mère. «Le jihad ne cessera pas aussi longtemps qu'il y aura des ennemis à combattre».

(L'essentiel/AFP)