Affaire Nordahl L.

16 septembre 2020 21:17; Act: 17.09.2020 10:10 Print

«Peut-​​être qu’on se lâche un peu trop»

Poursuivi pour diffamation à l’encontre de Nordahl L., un chroniqueur de la chaîne «NRJ12» s’est expliqué mardi devant la justice.

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Pascal Neveu intervient régulièrement sur «NRJ12». Il est accusé d’avoir diffamé le principal suspect des affaires Maëlys et Arthur Noyer.

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Intervenant régulier sur la chaîne NRJ12, Pascal Neveu a dû répondre mardi de faits de diffamation à l’encontre de Nordahl L., principal suspect dans l’affaire Maëlys. Se présentant comme psychanalyste, l’homme apparaît depuis trois ans dans l’émission «Crimes et faits divers, la quotidienne» de Jean-Marc Morandini. Devant la 6e Chambre de la presse du tribunal judiciaire de Lyon, Pascal Neveu s’est livré à un véritable mea culpa et pointé les dérives de l’emballement médiatique lors de grandes affaires criminelles.

«Peut-être qu’on se lâche un peu trop. On parle peut-être trop», a admis l’homme de 46 ans. «On reçoit une accumulation de pages sur l’affaire en question que l’on va lire à toute vitesse et commenter ensuite. Je n’atteste rien sur ces émissions. On est là pour commenter. À chaque fois, il est précisé que les mis en cause sont présumés innocents, mais on ne va pas le répéter toutes les cinq minutes», a-t-il ajouté.

«La recherche du sensationnel est légion»

«Dans les questions posées lors de ces émissions, il y a une recherche de sensationnel, quelque chose qui se veut excessif, vous êtes d’accord?» lui a ensuite demandé la présidente, Brigitte Vernay. «Oui, la recherche du sensationnel est légion. Lorsqu’on est en direct, il y a cet emballement, cette dynamique. Mais on ne va pas dire au journaliste «stop, je ne réponds pas à vos questions», a admis le prévenu.

Dans l’émission du 19 février 2019 qui lui vaut ces poursuites, Neveu avait évoqué le contenu de l’hebdomadaire L’Express qui publiait des extraits d’expertises. «On n’aurait peut-être pas dû aller jusque-là cette fois-là. Il y a peut-être eu un effet de compétition entre intervenants», a-t-il reconnu. Me Alain Jakubowicz, l’avocat de Nordahl L., est alors passé à l’attaque: «Vous avez rencontré Nordahl L.?». Pascal Neveu a répondu par la négative.

Un «mystificateur»

«Vous mesurez les conséquences de ces écarts? Pour les personnes dont vous parlez, mais également pour l’institution judiciaire, et notamment les jurés des prochains procès d’assises?» a tempêté Me Jakubowicz. Le prévenu «se répand à longueur d’années sur un terrain qu’il ne connaît pas. Il n’a aucun diplôme l’autorisant à exercer la profession réglementée de psychothérapeute», a tonné l’avocat, qualifiant l’accusé de «mystificateur».

Défenseur de Pascal Neveu, Me Frédéric Doyez a admis: «Il ne faut pas se prêter à ces choses-là quand on est un professionnel. Son tort est d’avoir cédé à l’esprit d’une époque, en jouant une sorte d’ersatz de l’expert». Mais la faute n’est pas exclusivement celle de son client, tout le monde ayant, selon lui, participé au «fuitage» dans ce dossier «compliqué».

Nordahl L. en visioconférence

Ancien militaire de 37 ans, Nordahl L. est accusé du meurtre d’Arthur Noyer et mis en examen pour celui de Maëlys De Araujo et pour agression sexuelle sur trois petites-cousines. Il n’était pas présent physiquement à l’audience, mais il est apparu quelques minutes par visioconférence depuis son centre de détention, barbe poivre et sel, polo blanc, stylo en main et dossier face à lui. Il n’a rien dit sur l’affaire, le «débat technique» de la diffamation ne nécessitant pas qu’on l’entende, a estimé son conseil.

Pour le représentant du ministère public, Bernard Reynaud, qui s’est placé sur le terrain de la morale et non sur celui du droit, cette procédure n’avait pas lieu d’être de la part de Nordahl L.

La décision sera rendue le 20 octobre.

(L'essentiel/afp/joc)