Justice en France

22 octobre 2021 12:45; Act: 22.10.2021 13:13 Print

«Si tu me quittes, je vais te buter»

Condamnée en 2020 pour le meurtre de son conjoint, Alexandra Richard, 43 ans, jugée en appel, a raconté vendredi, les violences et menaces proférées par la victime le jour du drame.

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Alexandra Richard est jugée en appel. (photo: RMC)

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Ce jour-là, «je lui dis que je n’en peux plus de vivre comme ça. J’essaie de m’excuser (d'avoir abimé) le quad (dans un accident). Je lui dis que je l’aime. Je lui dis que je vais le quitter, que je ne peux plus vivre comme ça. Il m’a dit "si tu me quittes, tu vas sortir les pieds devant. Tu vas voir (...) je vais te buter"», a raconté en larmes cette mère de trois enfants, de son box vitré devant les assises de l'Eure.

Alexandra Richard a été condamnée en novembre 2020 par la cour d'assises de Seine-Maritime pour le meurtre, avec un fusil de chasse, de son conjoint de 36 ans, le 16 octobre 2016, à leur domicile de Montreuil-en-Caux. Celui-ci, en état d'ébriété, venait de se lever de son fauteuil en la menaçant de lui «défoncer la gueule», avait-elle alors expliqué.

«Faut prendre rendez-vous pour baiser?»

Au quatrième jour de son procès en appel, l'accusée a expliqué que la semaine précédente «le climat était extrêmement tendu», à la suite d'un accident de quad que l'accusée avait eu: «Il m’en voulait beaucoup». «Le dimanche matin, il était pas content parce que on n'avait pas eu de rapports sexuels depuis quelques jours.

Je me suis levée la première. Il est venu me voir dehors. "Faut prendre rendez-vous pour baiser? J’ai besoin de ton corps". Et on en est revenu au quad. "Tu es une grosse merde. Tu vas me racheter un quad". Ce n’était que ça toute la matinée. Je m’occupais» de leur petit garçon, aujourd'hui âgé de 6 ans, a raconté Mme Richard.

«Vas-y, choisis avec lequel tu veux crever»

Selon son récit, son conjoint s'est mis à boire à midi et l'accusée lui a ensuite dit qu'elle allait le quitter. «Il m’a mis la tête sur l’armoire à fusil alors que j’avais le petit. "Vas-y, choisis avec lequel tu veux crever". Il m’a poussée sur le canapé. Il a mis une gifle à (l'enfant) qui faisait du bruit en tapotant sur la table. On est montés tous les deux dans sa chambre. Il est monté. Il me dit "viens me sucer". Il voulait une fellation. Je lui ai dit non. Il m’a mis un coup avec son pied. Je suis tombée. Il est parti. J’ai continué a m’occuper de mon petit garçon», a-t-elle poursuivi.

«C’est l’alcool qui le rendait méchant. Quand il buvait, c’était un démon incontrôlable», a aussi dit Mme Richard. L'accusée a ensuite exprimé des regrets. «Ça pouvait être un homme formidable (...) Je m’en veux terriblement d’avoir saisi cette arme. Je me suis ôté l’homme de ma vie. J’ai enlevé le père de (NDLR: trois enfants). Il n’y a pas de mots assez forts pour exprimer à quel point je suis brisée. Je suis désolée. Mais le mot n’est pas assez puissant», a-t-elle conclu. La victime avait également deux enfants d'une précédente union, âgés de 13 et 16 ans.

«Quand ça la gêne, elle ne se souvient pas»

Interrogée par la présidente de la cour, l'accusée a dit ne pas se souvenir d'avoir appuyé sur la détente. «Quand j’ai saisi l’arme, je l’ai ouverte. Je l’ai chargée (...) Il a tiré sur le canon et le coup est parti. C’est là que j’ai lâché l’arme», a déclaré Mme Richard. Jeudi, l'expert en balistique a précisé qu'il fallait forcément appuyer sur la détente pour que le coup parte. «Quand ça la gêne, elle ne se souvient pas», a commenté Sylvie Amisse-Duval, l'avocate des enfants de la victime. «J’ai subi un choc», a dit l'accusée.

Le verdict est attendu vendredi soir ou samedi.

(L'essentiel/AFP)