Policiers tués en France

06 décembre 2021 15:29; Act: 06.12.2021 16:21 Print

Trahi par son ADN, il est complice du double meurtre

Des juges antiterroristes ont renvoyé devant les assises le complice présumé de l'assaillant qui avait revendiqué les meurtres d'un couple de policiers à Magnanville en 2016.

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Les deux policiers ont été assassinés sous les yeux de leur petit garçon de 3 ans. (photo: AFP/Kamil Zihnioglu)

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Les juges d'instruction ont ordonné vendredi que Mohamed Lamine Aberouz soit jugé pour «complicité d'assassinat sur personne dépositaire de l'autorité publique», «association de malfaiteurs terroriste criminelle» et «complicité de séquestration sur mineurs de 15 ans» en relation avec une entreprise terroriste, a appris lundi l'AFP de source judiciaire.

Les magistrats ont suivi les réquisitions du parquet national antiterroriste (Pnat) qui demandait aussi un non-lieu pour deux autres hommes qui avaient été soupçonnés d'avoir apporté un soutien logistique à l'assaillant Larossi Abballa (abattu après l'attaque), a précisé cette source.

Jean-Baptiste Salvaing, 42 ans, commandant adjoint du commissariat des Mureaux (Yvelines), et sa compagne Jessica Schneider, 36 ans, agent administratif dans un commissariat voisin, avaient été assassinés chez eux le 13 juin 2016, en présence de leur fils âgé alors de 3 ans. Mis en examen le 11 décembre 2017 et placé en détention provisoire, Mohamed Lamine Aberouz, 28 ans, clame son innocence, assurant s'être rendu ce soir-là à la mosquée.

Compétences informatiques

Mais alors que les enquêteurs penchaient initialement pour la seule présence d'Abballa au domicile du couple, les magistrats ont fini par suspecter son ami Aberouz d'avoir été également sur place. Son ADN a été trouvé sur le repose-poignet de l'ordinateur du couple utilisé pour la revendication et des expertises, rejetées par la défense, ont jugé «peu convaincante» l'hypothèse d'un «transfert» car il aurait «serré la main» d'Abballa quelques jours auparavant, selon l'ordonnance de mise en accusation consultée par l'AFP.

Selon les magistrats, l'assaillant principal, «réputé moins féru d'informatique», a pu faire appel à son ami pour ses «compétences» en la matière afin de transmettre la revendication en direct. Ils considèrent également que Larossi Abballa a pu souhaiter la présence d'Aberouz «afin d'y trouver un encouragement moral et un renfort idéologique, mais également afin de garantir la commission (des) assassinats successifs».

Mohamed Lamine Aberouz a pu s'échapper «avant l'intervention des forces de l'ordre», avancent les magistrats antiterroristes, s'appuyant sur la «configuration des lieux». «Sa seule présence, y compris passive, (...) caractérise un acte de complicité d'assassinats» en relation avec une entreprise terroriste, concluent-ils. Pour son avocat, Me Vincent Brengarth, «l'examen des faits démontre le caractère solitaire de l'acte et l'absence de toute participation» du mis en cause: la justice s'est «fourvoyée».

Une promise condamnée dans une tentative d'attentat à Paris

Amis, Larossi Abballa et Mohamed Lamine Aberouz ont eu successivement la même promise: Sarah Hervouët, condamnée à vingt ans de réclusion pour une tentative d'attentat aux bonbonnes de gaz en 2016 à Paris. M. Aberouz a été condamné en appel dans ce dossier en juin 2021 à cinq ans d'emprisonnement pour non-dénonciation de crime terroriste.

L'assassinat du couple avait suscité un vif émoi en France et au sein des forces de l'ordre: pour la première fois, deux des leurs avaient été visés par une attaque jihadiste à leur domicile.

(AFP)

«La famille Salvaing salue l'enquête exemplaire» et «attend le procès avec sérénité et confiance», a réagi auprès de l'AFP son avocate Me Pauline Dufourq.

«Il demeure la frustration et l'inquiétude de ne toujours pas savoir pourquoi le commandant Salvaing a été ciblé et comment les islamistes ont eu accès à son adresse personnelle», a commenté Me Thibault de Montbrial, avocat de la famille de Jessica Schneider. Hormis des repérages dans les semaines avant l'attentat, «il n'a pas été établi comment ni pourquoi le choix» d'Abballa «s'était porté» sur le couple, confirment les magistrats.

(L'essentiel/AFP)