Attaque à Paris

20 octobre 2016 16:56; Act: 20.10.2016 17:32 Print

Un rescapé du Bataclan raconte l'attentat en BD

Piégé dans le Bataclan, le 13 novembre 2015, un graphiste de 50 ans, Fred Dewilde, raconte son effroyable expérience dans une bande dessinée.

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Le dessin est en noir et blanc. Les trois jihadistes, représentés sous forme de squelettes, ont le visage blême de la mort. Quand ils commencent à tirer, «nous ne sommes plus qu'une masse grouillante de vivants, de blessés, de morts, une masse de peur, hurlant de terreur», se souvient Fred Dewilde. Il se retrouve allongé près d'un mort. «Je prends la mesure de ce qu'on est en train de vivre. Je suis encore vivant... Un vivant chez les morts».

Sur sa gauche gît une jeune femme, Elisa. Blessée mais vivante. «Elle pourrait être ma fille», se dit Fred. À voix basse, ces deux là qui ne se connaissaient pas tentent de se réconforter. «On se détache de cette horreur, on se crée une bulle d'humanité». Ils savent qu'au moindre cri les assassins tireront sur eux. Chacun tient pour que l'autre puisse tenir. Leur calvaire durera deux heures jusqu'à l'arrivée de la police.

Fred n'a «pas réussi à haïr»

Fred est vivant mais détruit. «Je connais l'odeur, le goût de l'atrocité, de l'incompréhensible». La deuxième partie de l'album, assorti de 22 pages de témoignage, s'intitule «vivre encore» et on s'aperçoit que cela ne va pas de soi. «Est-ce vraiment utile de se laver aujourd'hui? Manger? Pas faim!». Il faut vivre avec la peur du bruit, la peur tout court. Fred raconte être devenu «incapable» de rester concentré plus de quelques minutes.

L'album «Mon Bataclan» l'a aidé à refaire surface. «Comme par hasard, j'ai fini les dessins le vendredi 13 mai. Six mois après, jour pour jour». Le 13 novembre 2015, 90 spectateurs de la salle de concerts avaient été tués par trois jihadistes tandis que deux autres commandos semaient la mort ailleurs dans Paris et ses environs.

Au total 130 personnes avaient été tuées en quelques heures, dans les pires attentats jamais commis en France. Fred Dewilde affirme qu'il n'a «pas réussi à haïr» après le Bataclan. Il ne faut «pas tomber dans la peur du foulard, du basané, de l'autre». «L'ennemi n'a pas de couleur, pas de confession. L'ennemi c'est le fanatisme, c'est la peur, c'est la folie qui conduit à la guerre».

(L'essentiel/AFP)