Avortement en France

28 septembre 2018 09:21; Act: 28.09.2018 10:07 Print

«Une femme sur trois aura recours à une IVG»

Le nombre d'avortements est stable depuis 15 ans en France, mais au pays de Simone Veil, les obstacles sont nombreux pour les femmes qui veulent exercer leur droit à l'avortement.

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C'est parmi les femmes de 20 à 24 ans que le taux reste le plus élevé. (photo: DR)

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C'est un fait établi: «Une femme sur trois aura recours à un avortement au cours de sa vie», rappelle Véronique Séhier, coprésidente du Planning familial. L'an dernier, 216 700 IVG (voir encadré) ont été réalisées dans l'Hexagone, quasiment le même nombre qu'en 2001, quand le délai légal est passé de 10 à 12 semaines de grossesse. Mais 43 ans après la légalisation de l'avortement, il y a encore selon Mme Séhier «des territoires en difficulté», où cet acte médical relève d'un parcours de combattante. Ainsi, dans la Sarthe, l'hôpital du Bailleul a dû interrompre son activité d'orthogénie en janvier, après que trois médecins ont fait valoir leur «clause de conscience», qui leur permet de refuser de faire des IVG. Après l'intervention du gouvernement, la reprise était prévue début octobre.

Ce cas n'est pas isolé, mais «il est impossible d'avoir des chiffres sur la clause de conscience, car ils n'existent pas», déplore Anne-Marie Curat, présidente de l'Ordre des sages-femmes. «Les médecins qui ne veulent pas en faire sont toujours les mêmes», rétorque Andrée Parrenin, vice-présidente de l'Ordre des médecins. Un «état des lieux» chiffré de l'accès à l'IVG, commandé la semaine dernière par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, devrait permettre de savoir si le nombre de médecins faisant valoir la clause de conscience est en augmentation. Quant à son éventuelle suppression, la secrétaire d'État à l'Égalité femmes/hommes, Marlène Schiappa, a dit jeudi sur BFM qu'elle n'y était «pas favorable». Lorsqu'un gynécologue est contre l'avortement, «en tant que femme (...) je préfère qu'il ne pratique pas d'avortement sur moi», a-t-elle fait valoir.

«Des bâtons dans les roues»

Quand ce n'est pas la réticence du praticien, c'est parfois son absence qui complique les choses. «C'est un équilibre précaire. Il suffit qu'un médecin prenne sa retraite ou parte en congé», constate Mme Séhier, sur la foi des 26 000 appels annuels au numéro vert national «aide avortement» (0.800.08.11.11) géré par le Planning familial. Elle évoque les cas récents des hôpitaux de Longjumeau (Essonne), Aubenas (Ardèche) et Fougères (Ille-et-Vilaine), qui ont dû réduire ou arrêter temporairement les IVG.

Le phénomène ne concerne pas que les villes moyennes. À Paris, l'hôpital Tenon peine à recruter un médecin titulaire pour son centre IVG, qui fonctionne grâce à des vacataires. «Ça devrait être un acte médical comme un autre, mais force est de constater qu'il a toujours une connotation militante», observe Francis Pomey, gynécologue libéral installé dans le nord de la capitale. Dans son cabinet, où il prescrit la pilule abortive, il dit voir arriver «des femmes à qui on a mis des bâtons dans les roues». Pour lui, la médecine de ville «absorbe ce que l'hôpital ne peut pas faire».

Progression des IVG médicamenteuses

Depuis 2004, l'IVG médicamenteuse (jusqu'à la 7e semaine de grossesse) a été progressivement autorisée aux médecins libéraux, aux centres de santé, aux centres de planification et d'éducation familiale (CEPF) et dernièrement aux sages-femmes. Elle représentait un tiers des avortements en 2001, contre deux tiers pour les actes chirurgicaux, une proportion qui s'est inversée en 15 ans. Cette tendance va de pair avec la fermeture de nombreuses maternités: sur la même période, leur nombre est passé de 679 à 497 en métropole, soit une baisse de 27%.

«Chaque fois que vous avez une petite maternité qui ferme, vous avez un centre IVG qui ferme», souligne Mme Séhier. La coprésidente du Planning familial pointe par ailleurs l'activisme des sites Internet anti-IVG, «toujours très présents». Une loi votée début 2017, censée sanctionner la «désinformation» en ligne sur l'avortement, s'avère en pratique inefficace. Le discours de ces opposants trouve un relais chez certains gynécologues: dans un reportage diffusé début septembre sur TMC, le président du principal syndicat de cette profession, Bertrand de Rochambeau, justifiait sa «clause de conscience» par le refus de «retirer des vies». À l'occasion de la journée internationale pour l'avortement, vendredi, un rassemblement ayant pour mot d'ordre «les femmes décident» est prévu en fin de journée à Paris.

(L'essentiel/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Sandro le 28.09.2018 13:32 Report dénoncer ce commentaire

    Hein ? 33% ? Le monde est pire que je ne l'aurai cru .....

  • DarkAngel le 28.09.2018 16:34 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Une sur 3 c’est énorme!

  • La Mouche le 28.09.2018 10:47 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    @Leon : vous manifestement vous ne réfléchissez pas avant de commenter.

Les derniers commentaires

  • my50cents le 08.03.2019 09:38 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Quel este vraiment votre probleme? Si vous etes un homme, vous avez AUCUN droit d’imposer un grossesse a une femme. Si vous etes femme, un peu de compassion et de recul svp - toute histoire n’est pas la votre! Par contre, oui a l’education sexuelle pour tout le monde et a des solutions des prevention. C’est honteux ce qui se passe dans le monde - femmes en prison pour les fc :( ... toujours des inegalites et prejuges en 2019.

  • juger trop vite le 08.03.2019 09:15 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Mon dieu j ai honte quand je vois tous ces commentaires de personnes qui parlent sans connaissance de cause! Une femme n avorte pas seulement parce qu elle n a pas prit de contraception! Elle peut tomber enceinte malgré une contraception revoyez vos cours sur la contraception et arrêtez un peu de jouer aux moralisateurs! En plus merci d arrêter de culpabiliser les femmes! Il faut être 2 pour faire un enfant mais la femme est bizarrement toujours la seule à devoir assumer!

  • Hector le 29.09.2018 13:40 Report dénoncer ce commentaire

    Bon, si je résume notre société se limite, à présent, à : Laissez-nous nous amuser, si le résultat ne convient pas, on s'en débarasse.

  • femme le 29.09.2018 11:00 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Et si on demandait aux homme de changer quelque chose? Non? Une vasectomie (un acte a 100% réversible!) dès l’age de procréer et une inversion de l’opération des que un couple veut un enfant? Pourquoi nous les femmes devont nous porter toute la responsabilité d’une grossesse ainsi que tous les risques de contraception? Ah pardon j’oubliais on ne peut pas dire aux hommes quoi faire avec leur corps.. par contre aux femmes on s’en fou

    • soso le 29.09.2018 12:20 Report dénoncer ce commentaire

      euh c'est pas non plus inversible a 100% de chance l'opération inverse existe mais ne réussis pas tjs alors la vasectomie préventive qu'on inverse quand on veux des gosses ça me parait juste fou... Maintenant je vous rejoins sur le fait que les hommes ont la belle vie sur le côté contraception etc

  • gi gi le 29.09.2018 09:47 Report dénoncer ce commentaire

    Quand je lis l'article et les commentaires, je m'interroge, non pas sur le nombre d'avortement, mais sur les responsabilités de chacun. Déjà il faut être deux pour concevoir un enfant et décider de le garder, alors pourquoi s'en prendre uniquement aux femmes ? Et ensuite, il doit y avoir un sérieux problème au niveau de l'éducation sexuelle ! La plupart des femmes ne savent pas comment fonctionnent leur cycle et les hommes n'en parlons pas ! La contraception ne devrait pas être uniquement le problème de la femme, mais une responsabilité commune dans le couple !