Banlieue parisienne

25 septembre 2020 09:28; Act: 25.09.2020 13:19 Print

Suicide d'une élève: une prof a été mise en examen

Une professeure a été mise en examen, le 4 septembre, pour «harcèlement sur mineur», après le suicide, en 2019, d'une collégienne de 11 ans.

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Evaelle avait 11 ans. (photo: AFP/Aurelia Moussly)

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La professeure, mise en examen, a été placée sous contrôle judiciaire dans le cadre d'une information judiciaire ouverte à Pontoise (Val-d'Oise) après le suicide en 2019 d'une collégienne de 11 ans, a-t-on appris vendredi, de sources concordantes, confirmant une information du Parisien.

Les parents d'Evaëlle, 11 ans, avaient déposé une plainte contre cette enseignante de français, responsable selon eux de n'avoir rien fait contre le harcèlement dont leur fille était victime au collège et qui l'avait conduite à mettre fin à ses jours le 25 juin 2019 à Herblay, en grande banlieue parisienne.

Interdiction d'enseigner

Cinq mois après le drame, le parquet de Pontoise avait ouvert une information judiciaire contre X pour homicide involontaire et contre l'enseignante et plusieurs élèves pour «harcèlement moral sur mineur de 15 ans». Le placement sous contrôle judiciaire de cette professeure a été assorti d'une interdiction d'enseigner et d'une obligation de soins psychologiques, selon une source proche du dossier.

«Ils étaient satisfaits de la mise en examen et qu'elle ait interdiction d'enseigner, ce qu'on demandait depuis le début. On estime qu’il y avait un malaise», a réagi Me Delphine Meillet, l'avocate des parents d'Evaëlle.

«Tête de Turc»

Les faits avaient démarré à la rentrée 2018, avec un conflit autour d'une histoire de cartable trop lourd, puis s'étaient poursuivis hors du collège et dans la classe de cette enseignante, dont les parents jugeaient qu'elle avait fait de leur fille sa «tête de Turc». Ils l'accusent de n'avoir rien fait contre le harcèlement dont leur fille était victime de la part de camarades - certains jusqu'à la pousser sur la chaussée quand arrive le bus - voire de l'avoir encouragé. En novembre 2018 déjà, elle avait illustré son désespoir en tentant de mettre le feu à la maison.

Ses parents alertent alors le collège, signalent les faits, enchaînent les rendez-vous. «L’établissement avait mis en place plusieurs actions pour faire cesser cette situation: entretien avec les élèves concernés, exclusion temporaire d'un élève, suivi de ces élèves durant l'année, formation des enseignants à la méthode de la préoccupation partagée», a rappelé vendredi, le rectorat de Versailles.

«Ça a viré au tribunal populaire»

Mais Evaëlle a très mal vécu deux séances de vie de classe, avec son enseignante de français, spécialement dédiées à son cas sur le thème: «Pourquoi Evaëlle se sent-elle harcelée?». «Ça a viré au tribunal populaire», avait alors confié son père. Malgré un changement d'établissement scolaire, la jeune fille, suivie alors par un psychologue, avait été de nouveau confrontée au comportement violent d'un camarade dans son nouveau collège, une «goutte d'eau», avait expliqué sa mère, qui lui a fait craindre de «revivre la même chose». Et qui avait scellé son passage à l'acte.

L'Éducation nationale a indemnisé la famille au titre du préjudice moral, a indiqué le rectorat de Versailles. En échange, les parents se sont engagés à ne pas poursuivre pénalement l’État, rappelle leur avocate, qui précise que l'enquête se poursuit pour déterminer d'autres responsabilités éventuelles. «Nous sommes aux côtés de la famille», a affirmé le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, vendredi matin, sur France Info, assurant prendre le sujet du harcèlement scolaire «très au sérieux».

Un hommage à Evaëlle est prévu au collège Isabelle-Autissier, à Herblay, le 5 novembre, à l'occasion de la Journée internationale de lutte contre le harcèlement, un fléau qui touche un enfant sur dix.

(L'essentiel/AFP)