De Metz à Belfort

31 juillet 2020 08:16; Act: 31.07.2020 08:22 Print

L'appétit d'Amazon pour l'est de la France est contesté

GRAND EST/FRANCE - Les projets d'entrepôts géants d'Amazon se multiplient dans le nord-est de la France, mais des opposants veulent faire obstacle à la multinationale.

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Amazon prévoit d'implanter une plateforme logistique européenne sur le plateau de Frescaty, une ancienne base aérienne au sud de Metz (photo: AFP)

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De Metz à Belfort, les projets d'entrepôts géants se multiplient dans le nord-est de la France, au cœur de l'Europe de l'Ouest, mais leurs opposants brandissent le nom d'Amazon comme un épouvantail et misent sur la récente vague verte pour leur faire obstacle. Quelque 185 000 m² sur une ancienne base aérienne près de Metz, 76 000 m² sur une autre près de Belfort, 150 000 m² à Dambach-la-Ville (Bas-Rhin), 190 000 m2 à Ensisheim (Haut-Rhin): si les projets de plates-formes logistiques fleurissent dans toute la France, ceux du quart nord-est donnent particulièrement le vertige.

Gigantisme, recours à la robotique, promoteurs du projet: pour Alma Dufour, chargée de campagne «surproduction» aux «Amis de la Terre», un faisceau d'indices indique que derrière ces projets se cache un unique acteur, le géant américain du commerce en ligne Amazon, habitué à avancer masqué, en imposant des «clauses de confidentialité drastiques». «Amazon ne communique pas tant que les projets ne sont pas aboutis et purgés de tout recours», comme c'est le cas pour le centre qui sort de terre près de Metz, explique-t-elle. Contactée par l'AFP, la société n'a effectivement pas confirmé les projets de nouveaux entrepôts.

«Chantage à l'emploi»

«France Nature Environnement» et les «Amis de la Terre» ont déposé la semaine dernière un recours contre le permis de construire de la plate-forme prévue près de Belfort, dénonçant entre autres «l'artificialisation d'une zone humide de 13 hectares». À Ensisheim, les opposants promettent également d'attaquer le permis de construire, tandis qu'à Dambach, où une décision de la communauté de communes pourrait intervenir à l'automne, ils viennent de présenter des propositions alternatives face au «chantage à l'emploi» d'Amazon.

Ballet incessant de camions, incitation à «surconsommer des produits manufacturés sur d'autres continents» au détriment du commerce local, précarité des emplois, évasion fiscale: les critiques à l'encontre de la multinationale de Jeff Bezos sont récurrentes. Dans le nord-est s'y ajoute la crainte de voir Amazon y implanter son «hub» pour l'ouest de l'Europe. «L'Alsace est en train de devenir un couloir à camions du fait du GCO (le Grand Contournement Ouest, autoroute en cours de construction pour désengorger Strasbourg, NDLR). Amazon est intéressé par les autoroutes et la présence de deux aéroports, Bâle-Mulhouse et Strasbourg», s'inquiète Pascal Lacombe, du collectif le Chaudron des alternatives.

Jusqu'ici négligé

Une implantation dans ces régions frontalières pourrait permettre à Amazon de livrer l'ouest de l'Allemagne et la Suisse, alors qu'outre-Rhin les plates-formes logistiques se situent plutôt à l'est et que la Suisse privilégie le ferroutage pour le transport de marchandises. Le Grand Est était jusqu'à présent «un peu négligé» par Amazon, mais «la plaine d'Alsace offre des opportunités pour ce genre de projets», qui peuvent difficilement s'installer dans le Land allemand voisin du Bade-Wurtemberg, où densité de population et ancrage écologiste plus forts font obstacle à la consommation d'espace, analyse Raymond Woessner, professeur de géographie retraité, spécialiste des transports.

«On entend beaucoup les élus dire que si on refuse ces projets, ils partent à l'étranger, mais le dumping européen, c'est nous et les Belges qui le faisons», s'insurge Alma Dufour, en référence au «hub» de 200 000 m2 qu'un autre géant de l'e-commerce, le Chinois Alibaba, construit à Liège. Amazon, qui, avec une vingtaine de sites, se dit à l'origine de 30 000 emplois directs et indirects dans l'Hexagone, reconnaît s'y être développée «sur une épine dorsale qui va du Nord au Sud» et laisse des vides à l'Est et à l'Ouest.

Moratoire

L'entreprise insiste sur ses efforts pour réduire son empreinte au sol, grâce à l'installation de certains sites sur des friches et au recours à des mezzanines, ainsi que sur son engagement à atteindre «zéro émissions carbone» en 2040. «Lorsque vous comparez l'empreinte carbone de l'e-commerce avec celle du commerce traditionnel, vous vous rendez compte que la logistique de l'e-commerce est plus vertueuse», assure une porte-parole. À Belfort, dans un bassin d'emploi éprouvé par un plan social à General Electric, les centaines d'emplois que laisse espérer le projet ne sont pas négligeables, estime le député européen Modem Christophe Grudler, originaire de la ville.

L'ancienne base militaire de l'Otan «n'est pas une zone naturelle ultra-sensible, c'est une zone industrielle déjà prête pour accueillir des entreprises, mais ça fait 20 ans qu'on n'y arrive pas», ajoute-t-il.«On implante aussi 90 000 panneaux solaires sur l'aéroparc: ce sont des projets équilibrés», souligne le maire (LR) de Belfort Damien Meslot, qui dit avoir «des propositions à faire pour compenser l'atteinte aux zones humides». Pourtant, la vague verte qui a emporté des grandes villes françaises, dont Strasbourg, aux municipales, et l'arrivée au ministère de la Transition écologique de Barbara Pompili, favorable à un moratoire sur les entrepôts de commerce en ligne, donnent de l'espoir aux opposants.

«Si on dit moratoire sur les zones commerciales, il faut dire moratoire sur les entrepôts, sinon on va encore accentuer les distorsions de concurrence», insiste Alma Dufour. Selon la Fédération du e-commerce, ce secteur représentait en 2019 9,8% du commerce de détail en France.

(L'essentiel)

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Les commentaires les plus populaires

  • gigi le 31.07.2020 08:37 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Personne ne veut d amazon mais tout le monde commande ça c est comme manger de la viande et être horrifié lorsqu on tue les animaux

  • Alors le 31.07.2020 08:25 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Si le projet gigantesque destructeur de Google ne se réalise pas, voilà celui qui risque de venir à Bissen

  • MAGNUS le 01.08.2020 10:10 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    C'est pas comme s'il y avait déjà plein de boulot dans la region! Et l'impôt des sociétés au Luxembourg, on en parle?

Les derniers commentaires

  • Mike le 01.08.2020 17:57 Report dénoncer ce commentaire

    Il faut que amazon paye plus d'impôts qu'un mec qui gagne le salaire minimum au luxembourg ou en Allemagne. C'est pas etrevontre leur business c'est une question de principe et de justice fiscal.

  • MAGNUS le 01.08.2020 10:10 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    C'est pas comme s'il y avait déjà plein de boulot dans la region! Et l'impôt des sociétés au Luxembourg, on en parle?

  • Souverain le 31.07.2020 10:50 Report dénoncer ce commentaire

    Arrêtons d'acheter chez Amazon, il existe des fournisseurs en France qui paye leurs impôts. Soyons souverain et interdisons ces sociétés qui se font de l'argent en récoltant vos données. Achetons français. L'emploi viendra avec. Le problème écologique existe qu'importe le fournisseur.

    • LeRoi le 31.07.2020 18:02 Report dénoncer ce commentaire

      Non non, il faut qu'ils payent leurs impôts comme toutes les sociétés dans le pays où ils sont et pas à seulement 3% ou je sais pas combien mais moins que les autres!!

  • gigi le 31.07.2020 08:37 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Personne ne veut d amazon mais tout le monde commande ça c est comme manger de la viande et être horrifié lorsqu on tue les animaux

    • Jean-Daniel le 31.07.2020 10:30 Report dénoncer ce commentaire

      Alors que ces sites de ventes sont loin d'être forcément moins cher! L'autre jour je cherchais des câbles réseaux 30cm, partout hors de prix, genre 6 à 8€ contre 1,3€ les 25cm... J'ai finalement trouvé une entreprise française avec un des distributeurs qui a plusieurs points de vente en Moselle. Je me suis dis on va voir... ah ben j'ai vu, même pas 2€ le câble, en gros 1/4 du prix sur internet alors que c'est pas une multinationale :p Et personnel super aimable, et hop dans mes favoris!

    • phil le 31.07.2020 13:52 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      et je parie que tu t es rendu à ce magasin à pied.

  • IllusionsEcolo le 31.07.2020 08:31 Report dénoncer ce commentaire

    Ou sinon on laisse parler les ecolos on prends l'emploi la ou il est, basta. Non parceque les positions dogmatiques des ecologistes souhaitant nous faire "prendre conscience de" c'est bien jolie, mais les tissus economiques sont en demande, le covid n'arrangeant rien, et eux souvent s'indignent mais proposent 0 projets generateur d'emplois concrets, a court et moyen terme ? Et le commerce de detail local n'a pas attendu amazon pour se faire hara kiri, donc arretons. La seule question c'est l'emploi et d'abord l'emploi

    • Oui c'est encore moi le 31.07.2020 22:31 Report dénoncer ce commentaire

      5 ans avec les Ecolos pour voir, ce serait à tenter.De toute façon cela ne peut pas aller plus mal