En Alsace

15 décembre 2019 22:47; Act: 15.12.2019 22:52 Print

Des «veilleurs de mémoire» dans les cimetières juifs

ALSACE - Même s'ils ne sont pas juifs, des bénévoles, dans un «engagement citoyen», surveillent les cimetières juifs alsaciens, frappés par une série de profanations.

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Ils ne sont pas juifs mais sont devenus les anges gardiens de cimetières juifs alsaciens, des «veilleurs de mémoire» bénévoles surveillent ces lieux voués au recueillement mais frappés par une série de profanations.«Il y a des gens qui sont veilleurs pour les châteaux-forts en Alsace, ce n'est pas pour cela qu'ils sont châtelains. C'est notre patrimoine, c'est notre histoire»: pour Lionel Godmet, effectuer des rondes dans le cimetière juif de Jungholtz est un «engagement citoyen».

Comme une vingtaine de personnes dans le Haut-Rhin, ce professeur de religions a rejoint le réseau des «veilleurs de mémoire» fédéré par le conseil départemental depuis le mois d'octobre. Ces bénévoles s'engagent en signant une charte à «signaler toute anomalie sur les cimetières israélites et leurs abords». Le même dispositif se met actuellement en place dans le Bas-Rhin. Ces dernières années, plusieurs de ces lieux ont subi des profanations. Dernière en date, celle du cimetière de Westhoffen (Bas-Rhin) où des croix gammées ont été tracées sur plus de 100 tombes début décembre.

«On ne peut pas mettre un gendarme dans chaque cimetière»

Jadis caractérisée par l'existence de communautés juives rurales, l'Alsace compte 67 cimetières israélites, des lieux difficiles à protéger alors que les communautés se sont évanouies. Les juifs d'Alsace ont représenté plus de la moitié des juifs de France au XVIIIe siècle mais ont dû attendre 1791 pour avoir le droit de revenir dans les villes, qui leur avaient été interdites au XIVe siècle. «Il y a aujourd'hui moins de 20 000 juifs en Alsace, sur 2 millions de personnes, et depuis la Shoah, il n'y a plus du tout de judaïsme rural», constate Philippe Ichter, chargé de mission «dialogue inter-religieux» pour les deux départements alsaciens et initiateur des «veilleurs de mémoire».

D'où «l'idée de mettre des gens bénévolement au service des cimetières juifs, pour qu'ils veillent sur eux, sans en faire des super-héros, évidemment». Avec une fréquence de passage laissée à leur appréciation, leur rôle consiste à assurer une présence minimale et à signaler les éventuels problèmes - ils ont pour consigne de ne pas intervenir s'ils surprennent une profanation. «Il y en aura encore. On ne peut pas mettre un gendarme dans chaque cimetière», soupire Francis Laucher, veilleur, avec son épouse Solange, du cimetière de Jungholtz.

(L'essentiel/afp)