Dans les Vosges

15 janvier 2018 11:18; Act: 15.01.2018 11:30 Print

Fabrique de meubles de luxe cherche apprentis

LIFFOL - La manufacture de Liffol, dans les Vosges, fournit depuis plus de 80 ans palaces ou ambassades en meubles d'exception, mais peine à recruter ébénistes et autres doreurs.

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Chaque pièce est unique. (photo: AFP/Jean-christophe Verhaegen)

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Spécialisée dans la fabrication de sièges de luxe, la manufacture Counot-Blandin, implantée à Liffol-le-Grand, produit chaque année un millier de pièces (exportées à 90%), et affiche 1,5 million d'euros de chiffre d'affaires annuel. Le «siège de Liffol», qui a obtenu la première indication géographique protégée en produits manufacturés en 2016, représente 70% de sa production. Le carnet de commandes est plein mais Counot-Blandin peine à embaucher des apprentis pour prendre la relève des artisans qui façonnent, vernissent ou tapissent selon des méthodes traditionnelles.

Dans le vaste atelier, 80 modèles des années 1930 à 1950, descendus des greniers et reconfectionnés, ont été disposés entre les établis pour célébrer les 80 ans de l'entreprise vosgienne. Un bridge en feutrine jaune, une bergère en velours vert du paquebot Normandie, un fauteuil Art déco en cuir gris témoignent de la finesse de l'usinage, chère au fondateur de la manufacture en 1934, Pierre Counot. «Quand on vend un siège, plus de 50% du prix représente la main-d’œuvre», détaille Anne Thireau-Gérard, la gérante, en s'attardant sur les pieds d'une chaise rehaussée de sabots en laiton, réalisés sur mesure par un métallier.

Cette banquette, réalisée à Liffol, trône aujourd'hui au Fouquet's à Paris

Or depuis deux ans, la manufacture, dont l'atelier emploie 22 personnes, a enregistré cinq départs à la retraite, soit autant de savoir-faire spécifiques. «Les jeunes ne connaissent plus les métiers artisanaux. Il y a cinquante ans, il y avait un artisan au sein de chaque famille», soupire la gérante. À l'association pour la formation professionnelle des industries d'ameublement de Liffol-le-Grand, 57 apprentis et 70 apprenants - des actifs en reconversion professionnelle et des demandeurs d'emploi - se forment entre autres à l'ébénisterie, la tapisserie et la couture. L'effectif des apprentis a gagné 23% en un an, mais il reste des places.

«L'ameublement est encore capable de créer des emplois et les métiers évoluent. Pour celui qui veut travailler avec sa main, sa tête ou des outils numériques, il y a du boulot», estime Gwenaël Gehin, directeur du centre de formation. Il assure que 87% de l'effectif trouvent un emploi à l'issue de la formation car de nombreuses entreprises recrutent dans le Grand Est. Reste à convaincre les parents, «les premiers décideurs», souvent réticents à voir leur adolescent s'orienter dans une filière qui a connu la crise dans les décennies précédentes. L'industrie du bois, qui a fait la renommée de la commune, employait jadis «plus de 2 000 salariés, il y en a 350 aujourd'hui». «Peu de Vosgiens vont encourager leur enfant à apprendre un métier dans ce secteur alors qu'ils ont été licenciés et c'est pareil pour le tissage dans les Hautes-Vosges», souligne M. Gehin.

(L'essentiel/AFP)