En Lorraine

08 septembre 2020 15:04; Act: 08.09.2020 15:15 Print

La cristallerie Baccarat, un navire sans gouvernail?

BACCARAT - La cristallerie de luxe, confrontée à un conflit entre ses dirigeants et leurs créanciers, a annoncé mardi avoir été placée sous administration provisoire.

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Les deux administrateurs nommés vont devoir évaluer de façon indépendante la situation financière et juridique de la société. (photo: AFP/Patrick Kovarik)

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Les deux administrateurs, nommés lundi par le tribunal de commerce de Nancy (Meurthe-et-Moselle), ont pour mission «de diriger la société et d'établir un diagnostic indépendant portant notamment sur la situation financière et juridique de la société», précise Baccarat, dans un communiqué. Ils devront également «faire le point complet sur la situation entre ses actionnaires de contrôle et leurs créanciers».

L'assemblée générale qui devait se tenir le 17 septembre «est ajournée et sera convoquée après remise du rapport des administrateurs provisoires», ajoute la société.

Une «défiance naissante du système bancaire»

La nomination d'administrateurs provisoires constitue «une mesure exceptionnelle», souligne le tribunal de commerce de Nancy, dans son ordonnance que l'AFP a pu consulter. «Il convient de rechercher si la société anonyme Baccarat se trouve confrontée à une crise aiguë rendant impossible son fonctionnement normal et l'exposant à un péril imminent», précise-t-il.

Le tribunal de commerce craint une «défiance naissante du système bancaire» à l'encontre de l'entreprise qui peine à obtenir des banques un prêt garanti par l'État, malgré la «simplicité de la procédure». La cristallerie, «fleuron de l'industrie française» selon le tribunal, est actuellement contrôlée par le groupe hong-kongais New Anchor Limited, filiale de la société de gestion d'investissement Fortune Fountain Capital (FFC) qui avait racheté Baccarat en juin 2018, grâce à des fonds obtenus auprès de divers prêteurs.

«Les salariés ont des inquiétudes»

Selon l'ordonnance, New Anchor Limited a lui-même été placé sous administration en juin à Hong-Kong, à la demande des créanciers, et FFC, qui avait accumulé plusieurs dizaines de millions de dollars de dettes, a été placé en liquidation judiciaire le 27 juillet. Alors que Zhen Sun, l'un des anciens actionnaires de FFC, demeure le PDG de Baccarat, l'administrateur de New Anchor, soulignant le «manque d'expérience» du PDG, a demandé un «renouvellement» de la gouvernance qui a jusqu'ici été refusé par la direction de Baccarat.

Dans un courrier daté du 7 juillet, le comité social et économique (CSE - représentant les salariés) de Baccarat avait estimé que la société ressemblait à un «navire sans gouvernail» et déploré l'absence de «capitaine» à bord.

Un manque d'investissement

«Les salariés ont des inquiétudes. Nous souhaitons que Baccarat retrouve un actionnaire de qualité et de la stabilité», a déclaré Éric Rogue, membre du CSE. «Qu'on se soit fait acheter par des escrocs était un mauvais signal, que l'État français ne s'assure pas de la qualité des actionnaires qui achètent des entreprises françaises était aussi un mauvais signal. Mais que le tribunal de Nancy nomme deux administrateurs pour y voir plus clair, je trouve plutôt que c'est un bon signal».

En août, Baccarat avait annoncé un chiffre d'affaires en baisse de 30% au premier semestre 2020, à 52,2 millions d'euros. La société avait mis en avant «un contexte de crise sanitaire mondiale sans précédent». Le site de Baccarat avait cessé son activité pendant le confinement. Il tourne actuellement «à 80%», selon Éric Rogue.

Joyau du patrimoine lorrain, la cristallerie, créée par le roi Louis XV en 1754, a pâti du manque d'investissements depuis son rachat à la famille Tattinger, en 2005, par un fonds d'investissement américain. L'entreprise emploie 1 000 salariés à travers le monde dont 126 à Paris et 510 sur le site de Baccarat, en Meurthe-et-Moselle.

(L'essentiel/afp)