Affaire Grégory

18 avril 2018 11:30; Act: 18.04.2018 12:19 Print

Le corbeau est «la clé de l'énigme»

LÉPANGES - Dans «La voix rauque», le journaliste Thibaut Solano retrace la chronologie des insultes et des menaces de celui que les Villemin appellent «le gars à la voix rauque».

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De 1981 à 1984, les coups de téléphone de celui que les Villemin appellent aussi le «gars» sont passés tous azimuts, visant non seulement les parents du petit Grégory, Christine et Jean-Marie Villemin, mais aussi les parents et les frères de ce dernier, exploitant les rancœurs et les jalousies de cette famille et mettant au jour ses secrets enfouis. Parfois, un croque-mort se présente pour un décès imaginaire. Une ambulance pour un accident qui ne s'est jamais produit. Toujours après avoir reçu l'appel de cette voix mystérieuse.

Le 16 octobre 1984, Grégory Villemin, 4 ans, est retrouvé mort dans la rivière Vologne. Une lettre anonyme, postée le même jour, revendique le crime. «L'assassin de Grégory, le nom du coupable se cachent dans les noms» qui figurent dans le dossier, affirme le journaliste. Pendant des mois, il a épluché les milliers de pages, croisé les auditions pour reconstituer la trame de ce qui s'est passé «avant que les caméras arrivent, avant l'hystérie médiatique» qui en a fait l'une des plus grandes affaire criminelles françaises.

L'affaire repart de plus belle

«Les trois années pendant lesquelles le corbeau a harcelé la famille Villemin sont beaucoup plus brumeuses (que ce qui s'est passé ensuite). Pourtant, je pense que la clé de l'énigme est là. Tout est déjà en place: les conflits de famille, les secrets...», explique Thibaut Solano. Qui se cache derrière la «voix rauque»? Selon certains témoins, c'est un homme au timbre déguisé. D'autres, catégoriques, reconnaissent une femme. Pour beaucoup, il s'agit certainement d'un couple.

Lorsque Thibaut Solano commence les recherches pour son livre en 2015, l'affaire semblait être au point mort. L'auteur complète sa lecture du dossier par quelques entretiens avec des témoins, dont il préserve l'anonymat. Mais alors qu'il termine son manuscrit en juin dernier, l'affaire repart de plus belle, avec une série d'arrestations qui fait immédiatement la «une» de tous les médias. Parmi celles-ci, deux septuagénaires, Marcel et Jacqueline Jacob, grand-oncle et grand-tante de Grégory, jamais inquiétés jusqu'alors. Ils sont soupçonnés d'avoir été les fameux «corbeaux».

«Dans ce vase clos, quelqu'un sait»

Selon les enquêteurs, qui se basent notamment sur une nouvelle expertise graphologique et du champ lexical de certains courriers, ils seraient aussi impliqués dans le rapt et la mort du garçonnet dans le cadre d'un «acte collectif». Ils sont mis en examen pour enlèvement et séquestration suivie de mort. Murielle Bolle, témoin clé de l'affaire en 1984 devenue suspecte, est elle aussi mise en examen.

Depuis des mois, tous clament leur innocence. Il faut être prudent, selon Thibaut Solano, pour qui il n'est «pas certain» que ce rebondissement débouche sur un renvoi aux assises. Mais pour le journaliste, il serait «dramatique» qu'il n'y ait jamais de procès pour donner la clé de cette affaire. «Dans ce vase clos, quelqu'un sait».

(L'essentiel/afp)