Procès Heaulme

18 décembre 2018 22:33; Act: 19.12.2018 12:12 Print

Les doutes des magistrats exprimés à la barre

MONTIGNY-LES-METZ/VERSAILLES - L'audience de mardi au procès en appel du double meurtre de Montigny-les-Metz a mis en avant les hésitations des magistrats.

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Francis Heaulme nie le double meurtre de Montigny-les-Metz. (photo: AFP/Benoit Peyrucq)

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En 2007, Francis Heaulme avait bénéficié d'un non-lieu dans le dossier de Montigny-lès-Metz. Onze ans plus tard, deux magistrats sont venus expliquer cette décision, infirmée depuis, au procès en appel à Versailles du tueur en série pour ce double meurtre. Après 15 ans de prison, Patrick Dils est acquitté en 2002 des meurtres de Cyril Beckrich et Alexandre Beining, 8 ans, tués le 28 septembre 1986. Une nouvelle enquête est ouverte, visant cette fois Francis Heaulme, dont la présence dans la région ce jour-là est avérée.

Mais finalement, en décembre 2017, le juge d'instruction estime le dossier trop léger. «J'ai choisi de prononcer un non-lieu, faute de charges plausibles, tangibles», a confirmé mardi à la barre Thierry Montfort. «Vous avez indiqué que toutes les hypothèses ont été examinées», a constaté le président de la cour d'assises des Yvelines, Philippe Boussand. «Est-ce que c'est pas un peu péremptoire» alors que «par la suite la chambre de l'instruction va infirmer votre décision» et ordonner de nouveaux actes d'enquête? «Je pensais que tout avait été épuisé, que toutes les pistes avaient été recherchées, creusées», a répondu le magistrat.

Méfiance sur le témoignage du codétenu

L'ordonnance était un «copié-collé» des réquisitions du procureur: la veille, à la barre, l'homme qui les avait rédigées a lui aussi assumé sa décision. «À l'époque, j'ai décidé que les charges n'étaient pas suffisantes», a déclaré Joël Guitton, ancien procureur de Metz. Dans ses motivations, il avait surtout argué de la «tardiveté» de certains témoignages et du «caractère fluctuant» des déclarations du tueur en série.

À Versailles, l'accusation a critiqué à demi-mots cette décision. Le témoignage d'un homme qui dit, en 2005, avoir vu Francis Heaulme descendre le talus avec du sang sur lui, «ça n'est pas évoqué» dans le réquisitoire, a notamment souligné l'avocat général. Et «pas un mot» sur un codétenu de Heaulme qui affirme avoir recueilli ses aveux. Les magistrats sont «méfiants» face aux témoignages de détenus, a répondu M. Guitton un peu plus tard. Ce non-lieu a été surligné à l'audience par la défense de Francis Heaulme. Le verdict du procès est attendu vendredi.

(L'essentiel/afp)