Affaire Grégory

14 novembre 2018 08:04; Act: 14.11.2018 09:38 Print

Murielle Bolle bientôt fixée sur sa garde à vue

LÉPANGES-SUR-VOLOGNE - Saisi par le personnage-clé de l'affaire, qui cherche à faire annuler sa garde à vue cruciale de 1984, le Conseil constitutionnel se prononce vendredi.

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Les 2 et 3 novembre 1984, Murielle Bolle, adolescente vosgienne à la crinière rousse, avait accusé devant les gendarmes son beau-frère Bernard Laroche d'avoir enlevé Grégory en sa présence. L'enfant de quatre ans avait été retrouvé pieds et poings liés dans la Vologne le 16 octobre 1984. Elle avait répété ses propos devant le juge d'instruction, avant de se rétracter en assurant avoir parlé sous la contrainte des gendarmes. Une volte-face toujours au cœur de l'affaire.

Pas inquiétée après sa garde à vue, Murielle Bolle a été rattrapée par cette affaire criminelle hors normes plus de trente ans plus tard, en juin 2017. Elle avait alors été mise en examen pour le rapt mortel de l'enfant, comme le couple Jacob, grand-oncle et grand-tante de Grégory - mises en examen ensuite annulées pour des questions de procédure, mais qui pourraient être de nouveau ordonnées.

L'accusation privilégie désormais la thèse d'un «acte collectif» avec Bernard Laroche, abattu en 1985 par le père de Grégory Villemin. Depuis sa rétractation, Murielle Bolle, aujourd'hui âgée de 49 ans, n'a eu de cesse de maintenir que ses déclarations aux gendarmes étaient fausses, qu'elle n'était pas dans la voiture de Bernard Laroche ce jour-là et qu'il est innocent. Soucieuse d'en finir avec cette garde à vue, elle a formé pour la faire annuler un pourvoi en cassation auquel est adossée la Question prioritaire de constitutionnalité (QPC) que le Conseil constitutionnel doit trancher vendredi.

Un désastre judiciaire

Ce recours porte sur plusieurs articles de l'ordonnance de 1945 sur «l'enfance délinquante», qui régissait alors le traitement judiciaire des mineurs, dans leur rédaction de 1984 - le texte a depuis été adapté aux exigences contemporaines. Cette ordonnance ne prévoyait à l'époque aucune mesure spécifique s'agissant de la garde à vue des mineurs: ni présence d'un avocat, ni notification du droit de se taire... Murielle Bolle estime donc que ses droits fondamentaux ont été bafoués.

Si les «Sages» décidaient de déclarer ces textes contraires à la Constitution, les déclarations de l'adolescente pourraient être ensuite annulées par la justice pénale et rayées de tout acte de procédure qui les mentionnerait. De quoi parachever le désastre judiciaire, aux yeux des parents Villemin. Muette dans les médias depuis des années, Murielle Bolle est sortie ce mois-ci de sa réserve à l'occasion de la publication de son livre, «Briser le silence» (Michel Lafon).

Elle y répète avoir accusé Laroche sous la pression des gendarmes. Quand ils l'interrogent en 1984, dit-elle, les militaires la traitent de «menteuse», la menacent d'aller «en maison de correction». Persuadée qu'ils sont «tout-puissants», elle finit par «lâcher» des oui et des non, «en fonction de ce qu'ils veulent, des mots qui ne sont pas les miens, (...) aux conséquences irréparables» selon elle: la mort de Bernard Laroche.

«Des attaques calomnieuses»

«Pourquoi aurais-je couvert le meurtre d'un enfant?», assure-t-elle. «Si Bernard avait eu quoi que ce soit à voir avec la mort d'un gosse, je l'aurais dit sans hésiter, quel que soit le prix à payer». L'accusation considère au contraire qu'elle a dit la vérité aux gendarmes puis s'est rétractée sous la pression familiale.

Un ancien enquêteur de l'affaire, le colonel de gendarmerie à la retraite Étienne Sesmat, a quant à lui dénoncé «les attaques calomnieuses» visant les enquêteurs ainsi que les «mensonges» contenus à ses yeux dans le livre de Mme Bolle. «Les plus grandes précautions avaient été prises pour entendre la jeune Murielle et recueillir ses révélations» et «s'assurer de son bien-être psychologique», assure-t-il. Une fois la décision des «Sages» rendues, il appartiendra à la Cour de cassation d'en tirer les conséquences sur le plan judiciaire.

(L'essentiel/afp)