Pacte avec le diable?

21 octobre 2017 11:49; Act: 21.10.2017 11:49 Print

Quand des chats surveillent une tombe

Dans une ville de Colombie, des dizaines de chats veillent sur les tombes d'une famille accusée du coup d'avoir souscrit un pacte avec le diable.

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Le nombre de félins n'a cessé de croître dans le cimetière. (photo: AFP)

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Loin de s'en indigner, les Serrano, installés depuis plusieurs générations à Santa Cruz de Mompox, bâtie sur l'une des plus grandes îles fluviales d'Amérique latine, s'enorgueillissent de la célébrité locale que leur vaut la présence des félins auprès de leurs êtres chers. «Cela ne nous gêne pas du tout que les gens disent que nous avons un pacte avec le diable. Au contraire, cela nous semble fantastique, c'est une reconnaissance», raconte Victor Serrano, confortablement installé chez lui, dans son fauteuil à bascule.

Don Victor, un chirurgien qui a aussi fait carrière dans l'armée, a vécu la majorité de ses 80 ans sans attirer l'attention. Jusqu'à la mort en 2001 de son plus jeune fils, Alfredo. Alfredo, surnommé «el gato» (le chat), a succombé à une maladie cardiaque à l'âge de 33 ans. Il a été enterré près de ses grands-parents paternels dans le cimetière de Mompox, ville à l'architecture coloniale remarquablement épargnée, bien que marquée par le passage du temps, et classée au patrimoine de l'Humanité par l'Unesco en 1995.

Rumeurs de sorcellerie

«Nous allions sur sa tombe, au cimetière, presque tous les après-midi», raconte don Victor avec un accent marqué des Caraïbes, en se remémorant ces moments de recueillement devant les tombes blanches des Serrano. Le surnom d'Alfredo, hérité de son grand-père paternel et qui s'harmonisait avec ses yeux verts, a pris encore plus de sens lorsque les visiteurs du cimetière ont commencé à voir une chatte noire s'alanguir sur sa pierre tombale.

La famille l'alimentait, puis les chatons qui naissaient. Le nombre de félins noirs, blancs, tigrés, etc. ne cessant de croître, les rumeurs de «sorcellerie» et de «pacte avec le diable» ont commencé à circuler, les gens laissant libre cours à «l'imagination populaire», selon le patriarche de la famille. «Avec l'histoire des chats, de nombreuses personnes de Mompox ont bâti une légende, ont voulu donner une touche mystérieuse» à cette histoire, explique Luis Dominguez, informaticien de 41 ans qui fait aussi office de guide touristique.

L'air sérieux, don Victor n'y voit que superstitions de la part des habitants d'une ville «dont nous rêvons parfois, mais qui n'existe pas» a écrit Garcia Marquez, maître du réalisme magique et prix Nobel de littérature colombien.

(L'essentiel/AFP)