Mexique

12 décembre 2016 10:48; Act: 12.12.2016 11:31 Print

Des tombes de luxe pour les barons de la drogue

Les narcotrafiquants mexicains emportent jusque dans la tombe leur mode de vie ostentatoire: on trouve des tombeaux équipés de salons, d'air conditionné et de vitres blindées.

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Le Mexique a marqué dimanche la dixième année du déploiement de l'armée dans le pays pour lutter contre les cartels de drogue, une guerre qui a fait des dizaines de milliers de victimes, dont beaucoup enterrées anonymement dans des fosses communes, ou abandonnées le long des routes ou encore suspendues à des ponts. Mais les barons de la drogue de l'État de Sinaloa, le fief du narcotrafiquant Joaquin «El Chapo» Guzman, se sont donné des sépultures plus dignes, comme dans le cimetière des jardins d'Humaya, à Culiacan.

L'une d'entre elles ressemble à une chapelle avec des colonnes blanches, des vitraux représentant des anges et une statue de Jésus Christ sur le toit. D'autres s'apparentent à des appartements modernes avec portes vitrées, escaliers, et salons avec canapés pour accueillir les proches. On peut apercevoir des arbres de Noël dans deux d'entre elles. Une crypte abritant les restes d'un tueur à gages du cartel de Sinaloa est équipée de vitres blindées et de caméras de surveillance. Alors que la nuit tombe, plusieurs tombeaux s'illuminent automatiquement. Beaucoup sont équipées d'alarmes.

Jusqu’à 290 000 dollars

Sur les murs de la plupart des sépultures apparaissent de grandes photos ou peintures représentant les défunts - dont plusieurs semblent avoir une vingtaine ou trentaine d'années - mais leurs noms n'est pas mentionné. «C'est l'expression du pouvoir qu'ils ont eu et la manifestation de leur désir d'éternité, ce qui est naturel chez tout être humain» commente Juan Carlos Ayala, un professeur de philosophie à l'Université autonome de Sinaloa, spécialisé dans la «narco-culture». «C'est aussi une façon de montrer à la postérité que cet homme était important», indique Ayala. D'autres majestueux mausolées sont en cours de construction, attendant d'accueillir de nouveaux narcotrafiquants. Ayala estime que certaines tombes ont pu coûter jusqu'à 290 000 dollars.

Ces tombes luxueuses sont devenues l'un des symboles de la «narco-culture» qui s'est développée au cours de la dernière décennie, ajoutant une facette religieuse à cet univers qui a déjà inspiré des musiques, des programmes de télévision, des films ainsi que la mode. «Le narcotrafic imprègne la communauté, la culture traditionnelle, à tel point qu'il est difficile de savoir où commence l'une et où termine l'autre», analyse Ayala. Certains législateurs ont annoncé le mois dernier vouloir interdire la diffusion aux heures de grande écoute sur les chaînes de télévision des «narco séries», craignant une mauvaise influence sur les enfants.

(L'essentiel/AFP)