En Russie

11 mai 2019 17:13; Act: 11.05.2019 17:15 Print

Des cours pour développer le «sexe non ennuyeux»

Savoir savourer les plaisirs charnels et oser en parler sans aucune gêne: des Russes cherchent à décomplexer la parole sur la sexualité.

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Entourées de sex-toys trônant sur des étagères, une demi-douzaine de femmes sont assises, studieuses face à un tableau blanc sur chevalet, dans un sous-sol du centre de Moscou. Les «étudiantes» de l'école Sex.rf, de tous âges, écoutent les conseils de Viktoria Ekaterina Frank. Cette psychologue et sexologue tente de leur apprendre à parler ouvertement de leurs envies et de leurs inquiétudes liées au sexe.

«Je veux savoir enfin ce que c'est d'être une femme épanouie, ce qu'est le plaisir sexuel», confie à l'AFP une élève de 45 ans, divorcée. Conséquence des non-dits de l'Union soviétique et du retour en force des valeurs conservatrices prônées par le Kremlin, les plaisirs charnels restent entourés de nombreux tabous en Russie... dans les conversations, bien plus que dans les pratiques. Pour favoriser une parole décomplexée, des «formations» de sexologues, psychologues et «sex coaches» se multiplient, s'ajoutant aux divers talk-shows télévisés et articles dans la presse féminine.

«Aider les femmes à comprendre les barrières»

«Nos cours ne visent pas à apprendre des techniques sexuelles (...) mais à aider les femmes à comprendre les barrières. Malgré une «très grande» liberté sexuelle dans les actes en Russie, «des tabous subsistent», assure Dmitri Rogozine de l'Institut de sociologie auprès de l'Académie russe des sciences. C'est, selon lui, le cas de l'homosexualité, qui était considérée en Russie comme un crime jusqu'en 1993 et comme une maladie mentale jusqu'en 1999.

Ces dernières années, les autorités, au nom des valeurs traditionnelles défendues aussi bien par l'Eglise orthodoxe que par les communistes, ont interdit les gay pride et pénalisé la «propagande» de l'homosexualité auprès des mineurs, favorisant le retour d'une parole ouvertement homophobe, voire de violences. Selon ce sociologue, «le sexe dans la vie quotidienne d'un couple» est aussi peu évoqué: «Nous avons l'habitude de parler de pratiques sexuelles surprenantes ou scandaleuses. Mais le maintien de relations sexuelles harmonieuses dans le couple après 20 ans de mariage ne fait jamais l'objet de discussion».

(L'essentiel/afp)