Norvège

18 mars 2019 07:29; Act: 18.03.2019 07:36 Print

Il dompte les vagues sur une planche de glace

Un jeune Norvégien a eu l'idée farfelue de fabriquer une planche de surf en glace. Un pari un peu barré qui a son charme.

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C'est un objet délicat et éphémère. Une planche de surf en glace, qui fond dans l'eau à mesure que l'on glisse sur les vagues hivernales roulant au pied des montagnes abruptes de l'archipel des Lofoten, «tout en haut» de la Norvège. Dans ce paysage somptueux et sauvage au nord du cercle polaire, Inge Wegge, 33 ans, surfeur et documentariste, a eu cette idée originale il y a tout juste neuf mois. En voyant des gens faire du skateboard sur une rampe en sable gelé. «Quand j'ai commencé à en parler, tout le monde a pensé que c'était une blague. C'était trop fou», explique-t-il. «Après, il a fallu se mettre au travail pour en faire une réalité».

Pari excentrique de surfeur ingénieux ou projet poétique, comme une performance, aussi belle que gratuite? C'est en tout cas une affaire d'eau qui retourne à l'eau, un cycle de vie, comme la poussière biblique. Et plus prosaïquement un chantier qui nécessite des gestes méticuleux et beaucoup d'efforts. Car il a fallu tester les planches en plein hiver. Au moment où il fait bien plus froid dehors (-5°C), surtout avec le vent, que dans l'eau (3°C), constamment réchauffée dans cette zone par le Gulf Stream.

Une planche de 70 kilos

Inge a volontairement peu étudié la glace. Pour apprendre chemin faisant et tenter toutes sortes d'expériences. «On savait que les planches allaient être super lourdes, qu'elles casseraient facilement et qu'elles seraient glissantes». Triple problème. La fine équipe de copains autour du surfeur cinéaste a mis au point un modèle rectangulaire, qu'il faut ensuite former sur la plage. Avec des outils de sculpteur.

Ils avaient d'abord découpé de la glace à la tronçonneuse dans un lac gelé. Mais cette glace, pas assez dure, pas assez froide et avec beaucoup d'air à l'intérieur, n'a pas fait long feu. «Dans l'océan, ça a tenu moins de dix minutes, rien du tout», explique le jeune homme élancé, boucles brunes et joues enfantines.

«Il faut fermer les yeux, ça frappe le visage»

Changement de cap. Les planches vont prendre dans des moules placés dans une chambre froide de congélation de poissons, à Svolvaer. À moins vingt degrés. Une glace d'acier. Sur laquelle on a placé des herbes et des algues en surface, pour que les pieds des surfeurs ne dérapent pas trop. Pesant en moyenne 70 kilos, au lieu de trois ou quatre pour une planche standard, elles sont difficiles à déplacer sur la plage. Et là, leur espérance de vie dans l'eau salée atteint une trentaine de minutes.

Pour la première tentative fin février, seulement six planches ont été testées. Dans des conditions de blizzard difficile, avec neige et grésil griffant violemment à l'horizontale. «Il faut fermer les yeux, ça frappe le visage». Dans quelques semaines, Inge veut en fabriquer beaucoup plus, «une vingtaine ou une trentaine qu'on surferait sur une seule journée jusqu'à ce que ça marche».

(L'essentiel/afp)