Péninsule coréenne

05 septembre 2018 14:20; Act: 05.09.2018 14:46 Print

L'espion avait un magnéto caché dans son pénis

Peu d'espions ont réussi comme Park Chae-seo à atteindre les plus hautes sphères d'un État ennemi, en l'occurrence la Corée du Nord.

storybild

L'ancien espion sud-coréen Park Chae-seo a rencontré l'AFP, le 29 août dernier. (photo: str)

Sur ce sujet

Avant de rencontrer l'ancien dirigeant nord-coréen Kim Jong-il, «Vénus noire», un espion du Sud, avait été prié de se faire beau. Ce que les Nord-Coréens ignoraient, c'est qu'il avait un enregistreur miniature caché dans le pénis. Park Chae-seo le fit dans les années 1990 en se faisant passer pour un ancien officier de l'armée sud-coréenne revenu de ses illusions, un homme d'affaires qui tournait des spots publicitaires dans des sites pittoresques du Nord. Aujourd'hui, un livre et un film racontent son histoire, qui éclaire d'un jour nouveau les liens troubles entre les deux Corées.

Dans un contexte de détente sur la péninsule divisée, «L'espion parti au Nord» est devenu un best-seller. Le film cartonne au box-office, avec cinq millions de spectateurs en trois semaines, soit 10% de la population sud-coréenne. «C'était extrêmement stressant d'être un espion», explique M. Park, 64 ans, à l'AFP, dans l'une de ses rares interviews à un média étranger. «Je risquais d'être démasqué à la moindre erreur, comme un lapsus stupide». Mais à la différence des espions nord-coréens envoyés au Sud, il n'avait pas reçu de pilules pour se suicider en cas de capture: «Nous étions formés à nous suicider à mains nues» grâce à «certains points critiques du corps», assure-t-il.

Rolex en toc

«Vénus noire» commence sa carrière dans le renseignement militaire en 1990, enquêtant alors sur le programme nucléaire balbutiant de Pyongyang. Il se lie d'amitié avec un physicien nucléaire chinois d'origine coréenne qui, contre un million de dollars, révèlera que le Nord s'est doté de deux armes nucléaires de faible puissance. En 1995, il rejoint les services du renseignement, alors appelés Agence pour la planification de la sécurité nationale (APSN), qui lui donnent son nom de code. Il est stationné à Pékin comme l'employé d'une entreprise sud-coréenne d'importation de produits qu'il fait passer pour des biens nord-coréens exemptés de taxes, ce qui lui permet de se constituer un réseau de contacts nord-coréens. À force de pots-de-vin, il réussit également à se rapprocher de cadres du régime. Il fournit ainsi au patron de l'espionnage nord-coréen, en visite à Pékin, de fausses Rolex.

Il raconte avoir percé en facilitant la libération des geôles chinoises d'un neveu de Jang Song Thaek - l'influent oncle du leader actuel Kim Jong-un - en aidant à rembourser sa dette de 160 000 dollars envers des commerçants chinois. La famille de Jang Song Thaek (finalement exécuté en 2013 pour trahison) l'invite à Pyongyang en témoignage de reconnaissance. L'agence publicitaire de M. Park conclut un contrat de quatre millions de dollars avec un organisme touristique nord-coréen pour filmer des spots au Mont Paektu, berceau spirituel de la Corée du Nord, ou au Mont Kumgang. Quand le Nord, victime de l'effondrement de l'URSS qui était son principal financeur, a désespérément besoin d'argent, l'espion aide des membres de la famille Kim à vendre des pièces anciennes de porcelaine céladon à de riches Sud-Coréens, raconte-t-il. Il dit avoir visité une cache contenant des centaines d'autres céramiques en compagnie d'un expert sud-coréen qui les avait évaluées à plus d'un milliard de dollars.

«Vent du Nord»

En 1997, après plusieurs voyages au Nord, il est conduit à la Maison d'hôtes Paekhwawon de Pyongyang, où Kim Jong-il travaille de nuit comme à l'accoutumée, pour un rendez-vous de 30 minutes avec le leader lui-même. Il a un magnétophone caché dans l'urètre. Le dirigeant nord-coréen, accompagné d'un haut cadre du renseignement, ne prend pas la peine de serrer la main de son visiteur. «Sa voix était un peu rauque», se souvient M. Park. L'entretien se focalise sur la vente de porcelaines. «J'étais plutôt soulagé car cela signifiait que j'avais gagné l'entière confiance du Nord», confie-t-il à l'AFP. Le numéro un s'intéresse également beaucoup à la présidentielle sud-coréenne, ajoute M. Park. Les années électorales en Corée du Sud donnent souvent lieu à des crises militaires transfrontalières qui permettent aux conservateurs de recueillir les voix d'électeurs indécis, un phénomène appelé «vent du Nord».

Moins de trois semaines avant la présidentielle de 1987, des agents nord-coréens avaient ainsi fait exploser un vol de Korean Air au-dessus de la mer d'Andaman, faisant 115 morts. En amont de la présidentielle de 1997, des responsables nord-coréens avaient déclaré à M. Park que trois soutiens du candidat conservateur Lee Hoi-chang leur avaient demandé d'organiser une attaque armée. Dans une chambre d'hôtel de Pékin, affirme M. Park, «j'ai vu de mes propres yeux les Nord-Coréens compter des liasses de billets reçus des Sud-Coréens» en échange d'une telle attaque. «Il y avait 36 liasses, chacune contenant 100.000 dollars», soit 3,6 millions de dollars.

Assurance

L'espion informe du complot ses patrons à l'APSN ainsi que l'entourage du candidat de l'opposition Kim Dae-jung, qui rend l'affaire publique. L'attaque n'a pas lieu et M. Kim remporte l'élection de justesse. Le trio de conservateurs est condamné pour avoir violé la loi sur la Sécurité nationale, qui interdit tout contact avec le Nord. Mais ils seront acquittés en appel, l'espion ayant refusé de témoigner à leur procès. Sa couverture ayant volé en éclats, M. Park est limogé par les services de renseignement et repart en Chine, passant le plus clair de son temps au golf. L'APSN, devenue Service de renseignement national, refuse de commenter les accusations de l'espion.

Après le retour des conservateurs au pouvoir et la nomination d'un nouveau patron de l'espionnage, M. Park est arrêté à Séoul en 2010 et condamné pour avoir fourni des informations classées au Nord. Il soutient avoir transmis des renseignements anodins pour gagner la confiance des Nord-Coréens. «J'ai été maintenu à l'isolement pendant six ans», accuse-t-il, parlant de représailles politiques. L'ex-«Vénus noire» se dit convaincu que les sanctions qui frappent Pyongyang pour son programme nucléaire n'atteindront pas leur but. «Les dirigeants ne peuvent plus compter que sur les armes nucléaires pour leur survie car leurs armes conventionnelles ne sont bonnes qu'au rebut». Si le vent géopolitique tourne à nouveau et qu'il se retrouve encore du mauvais côté de la barrière, M. Park dit pouvoir compter sur une assurance qu'il n'avait pas eu le temps d'utiliser en 2010: l'enregistrement de ses entretiens avec Kim Jong-il, Jang Song Thaek et d'autres responsables nord-coréens. Ils sont en lieu sûr «quelque part dans un pays étranger».

(L'essentiel/afp)

Vous venez de publier un commentaire sur notre site et nous vous en remercions. Les messages sont vérifiés avant publication. Afin de s’assurer de la publication de votre message, vous devez cependant respecter certains points.

«Mon commentaire n’a pas été publié, pourquoi?»

Notre équipe doit traiter plusieurs milliers de commentaires chaque jour. Il peut y avoir un certain délai entre le moment où vous l’envoyez et le moment où notre équipe le valide. Si votre message n’a pas été publié après plus de 72h d’attente, il peut avoir été jugé inapproprié. L’essentiel se réserve le droit de ne pas publier un message sans préavis ni justification. A l’inverse, vous pouvez nous contacter pour supprimer un message que vous avez envoyé.

«Comment s’assurer de la validation de mon message?»

Votre message doit respecter la législation en vigueur et ne pas contenir d’incitation à la haine ou de discrimination, d’insultes, de messages racistes ou haineux, homophobes ou stigmatisants. Vous devez aussi respecter le droit d’auteur et le copyright. Les commentaires doivent être rédigés en français, luxembourgeois, allemand ou anglais, et d’une façon compréhensible par tous. Les messages avec des abus de ponctuation, majuscules ou langages SMS sont interdits. Les messages hors-sujet avec l’article seront également supprimés.

Je ne suis pas d’accord avec votre modération, que dois-je faire?

Dans votre commentaire, toute référence à une décision de modération ou question à l’équipe sera supprimée. De plus, les commentateurs doivent respecter les autres internautes tout comme les journalistes de la rédaction. Tout message agressif ou attaque personnelle envers un membre de la communauté sera donc supprimé. Si malgré tout, vous estimez que votre commentaire a été injustement supprimé, vous pouvez nous contacter sur Facebook ou par mail sur feedback@lessentiel.lu Enfin, si vous estimez qu’un message publié est contraire à cette charte, utilisez le bouton d’alerte associé au message litigieux.

«Ai-je le droit de faire de la promotion pour mes activités ou mes croyances?»

Les liens commerciaux et messages publicitaires seront supprimés des commentaires. L’équipe de modération ne tolérera aucun message de prosélytisme, que ce soit pour un parti politique, une religion ou une croyance. Enfin, ne communiquez pas d’informations personnelles dans vos pseudos ou messages (numéro de téléphone, nom de famille, email etc).

L'espace commentaires a été désactivé
L'espace commentaires des articles de plus de 48 heures a été désactivé en raison du très grand nombre de commentaires que nous devons valider sur des sujets plus récents. Merci de votre compréhension.

Les commentaires les plus populaires

  • JLP le 05.09.2018 14:39 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Rocco , aurais pu dissimulé une caméra

  • Commodore le 05.09.2018 19:09 Report dénoncer ce commentaire

    Pas évident d'enregistrer avec cette méthode: Le son des conversations doit passer par le pantalon et le slip... L'espion ne doit pas ingérer trop de boissons ou de nourriture avant ou pendant l'opération d'espionnage pour ne pas déclencher un besoin de faire pipi.... Et même à cette époque où il n'y avait pas encore de bodyscanners, il y avait tout de même un risque que les services de sécurité de Kim auraient pu exiger des radiographies de tout son corps avant de le laisser approcher Kim...

Les derniers commentaires

  • Commodore le 05.09.2018 19:09 Report dénoncer ce commentaire

    Pas évident d'enregistrer avec cette méthode: Le son des conversations doit passer par le pantalon et le slip... L'espion ne doit pas ingérer trop de boissons ou de nourriture avant ou pendant l'opération d'espionnage pour ne pas déclencher un besoin de faire pipi.... Et même à cette époque où il n'y avait pas encore de bodyscanners, il y avait tout de même un risque que les services de sécurité de Kim auraient pu exiger des radiographies de tout son corps avant de le laisser approcher Kim...

  • JLP le 05.09.2018 14:39 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Rocco , aurais pu dissimulé une caméra

    • maniac le 05.09.2018 21:08 Report dénoncer ce commentaire

      Et le bus de la régie qui va avec...

    • Le long bras de lespionnage le 06.09.2018 12:56 Report dénoncer ce commentaire

      HAHAHA Pas faux.