Polémique en Suisse

21 octobre 2021 21:34; Act: 22.10.2021 08:47 Print

Une soirée gratuite pour les «grosses poitrines»

Une association de jeunes en Suisse ne s’attendait pas à un tel déferlement de commentaires à propos de sa prochaine «soirée meules», prévue samedi.

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Le post faisant la promotion de la soirée de samedi a été retiré des réseaux sociaux, dans le courant de la journée de jeudi. (photo: Instagram)

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La fête n’a pas encore commencé qu’elle fait déjà un tollé. «Je suis atterrée par une telle communication en 2021!» «Donner la gratuité en fonction du physique, ce n’est plus acceptable à notre époque. C’est tout simplement écœurant! L’humour est de mauvais goût.» Tels sont les commentaires furibonds que l’on a pu recueillir ces dernières heures sur les réseaux sociaux en vue de la «soirée meules». Organisé samedi par la «Jeunesse de Molondin-Donneloye», association de jeunes des deux communes situées près de Neuchâtel, l’événement propose une entrée gratuite aux «grosses poitrines».

«La plupart vont en rire»

«Si l’entrée avait été gratuite pour les petits seins, je crois que ça aurait fait moins de foin, glisse Cédric Destraz, président de la Fédération vaudoise des Jeunesses campagnardes. Ce n’est pas très malin, on l’a dit aux organisateurs. Mais on ne va pas évincer cette société de jeunesse maintenant, sachant que la soirée est proposée depuis huit ans». Il rappelle que des événements MILF (ndlr: Mother I'd Like to Fuck) ont par exemple déjà eu lieu.

Néanmoins, Cédric Destraz l’accorde volontiers: lui-même ne se rendrait personnellement pas à ce genre de manifestation (requérant de telles prétentions à l’entrée). «Mais je crois que la plupart vont en rire, plutôt que de venir revendiquer ce dont les gens se plaignent sur les réseaux sociaux», ajoute-t-il.

Les mecs rembourrent le soutif

«Je suis d’accord pour dire que ce n’est pas adéquat, rétorque à son tour la secrétaire de la société de Jeunesse en question, Yaël Gavillet. Je comprends que les personnes qui ne connaissent pas l’univers des Jeunesses aient pu être choquées. De notre côté, nous n’avons jamais voulu discriminer ou stigmatiser qui que ce soit. Mais on fait ça depuis huit ans, pour rire, et ça n’a jamais posé aucun problème. Même les garçons se déguisent en filles, enfilent des soutiens-gorge et les rembourrent pour avoir l’entrée gratuite à cette soirée.» La jeune femme s’étonne aussi de la déferlante soudaine de commentaires, sachant que la promotion de l’événement a débuté il y a un mois.

Pour le président du FVJC, «ça monte aux barricades avec les mouvements sociaux. Il faut aussi les prendre en compte». Ferdinando Miranda, directeur exécutif du Centre Maurice Chalumeau en sciences des sexualités à l’Université de Genève, le confirme: «La parole s’est libérée. Des mouvements comme #MeToo nous ont amenés à reconsidérer les limites. Dans le domaine de la sphère de l’intime, le seuil du tolérable est désormais clair. Et certains comportements ou attitudes ne sont désormais plus considérés comme respectables.»

Le sociologue explique qu’«avec ce genre d’invitation, on attend à ce que la femme soit un objet sexuel et sexué. Et il s’agit ici d’une invitation à contrepartie: la disponibilité sexuelle. Car derrière "la grosse poitrine", un imaginaire se dessine.» Il poursuit: «Au-delà du genre, les gens se demandent quelle intention il y a derrière. Y a-t-il des corps plus séduisants, plus légitimes ou plus érotiques que d’autres?»

Fini le «meulomètre»

Alors peut-on en rire ou pas? «Ma liberté s’arrête là où commence celle des autres, se contentera de répondre Ferdinando Miranda. Certaines femmes seront séduites par ces propos, tandis que d’autres les considéreront sexistes, car ils les dévalorisent en les réduisant à leur physique. Et on doit aussi écouter ces dernières.»

Le comité d’organisation se réunit jeudi soir pour en discuter. «À priori, ça restera une soirée meules, mais je rassure, il n’y aura rien de vulgaire ni d’osé, mais les conditions d’entrée seront revues», précise Yaël Gavillet. Personne ne se frottera donc au «meulomètre». La gratuité sera réservée à ceux qui porteront le pull de la Jeunesse. «Si les évènements stigmatisants viennent à se répéter, la direction du FVJC prendra des mesures», conclut Cédric Destraz.

(L'essentiel/Lauren von Beust)