Libertinage au Luxembourg

24 juin 2014 14:26; Act: 25.06.2014 13:20 Print

«L’échangisme, c'est notre cerise sur le gâteau»

LUXEMBOURG - Ils sont mariés depuis 3, 5 ou 10 ans et pimentent leur vie sexuelle avec d'autres couples. «L'essentiel» les a rencontrés dans un club libertin du Grand-Duché.

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Au Quai 27, une dizaine de couples d'habitués, dans la quarantaine, viennent pimenter leurs soirées avec d'autres couples. (photo: dr)

op Däitsch
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Sur le mur trône un grand crucifix. Juste à côté, voilà «la table du gynéco», et là, la guillotine qui côtoie une petite balançoire accrochée au plafond. Vous êtes dans l’une des pièces de l’unique club échangiste du Luxembourg, situé à Esch-Sur-Alzette. «Les clients peuvent venir s’amuser et laisser la porte ouverte s’ils le souhaitent», explique Karim, le propriétaire. À première vue, l’endroit ressemble à n’importe quelle discothèque. À l’entrée, de petits canapés blancs entourent le bar et la piste de danse. La seule différence, c’est que chaque soir, hommes et femmes s’adonnent aux plaisirs de la luxure et de l’échangisme.

«Nous recevons surtout des gens mariés. Entre dix et douze couples d’habitués, qui ont plutôt la quarantaine. Ils viennent pimenter leur quotidien et casser un peu la routine», explique le responsable, qui a repris l’établissement il y a environ trois ans. Une cliente vêtue de dessous noirs affriolants, danse tout en se caressant. Elle fixe langoureusement son mari accoudé au bar. «Avant de venir ici, j’avais une mauvaise image des clubs libertins. Je trouvais cela vulgaire. Mais c’est en fait tout le contraire», confie la Belge de 38 ans. Ensemble depuis 11 ans et parents de trois enfants, le couple, qui a souhaité rester anonyme, a découvert l’échangisme il y a trois ans.

«La température est montée»

«Je me rappelle de la première fois où j’ai fait l’amour avec une femme. C’était ouah! Tellement sensuel! Et puis il y a eu aussi le moment passé avec un travesti et plein d'autres encore», raconte-t-elle avec un grand sourire. «En fait, nous pratiquons l’échangisme comme certains couples vont faire du tennis ensemble. Cela nous permet de nous extérioriser, de relâcher la pression. À la maison, le jeu de séduction n’est pas le même. J’ai découvert un côté très doux et féminin en moi que je ne soupçonnais pas», lance son mari, âgé de 43 ans. Mais qu’en est-il de la jalousie? Jamais de dispute? «Nous nous fixons une limite très importante. On se concerte toujours avant de faire quoi que ce soit», ajoute sa femme. La seule attirance des corps, le sexe sans entrave, c’est cela qui guide les couples qui viennent au club.

Certains s’adonnent au mélangisme, en échangeant des caresses avec un ou plusieurs couples. D’autres, prendront leur pied avec un «gang bang», pendant lequel le mari regardera sa femme avec d'autres hommes. Et puis, il y a le plaisir de faire monter la pression. «Pour nous, l’échangisme est l’aboutissement de la soirée, la cerise sur le gâteau. Nous séduisons, dansons, embrassons, afin de faire monter une certaine excitation qui se libère au passage à l’acte. La semaine dernière, nous avons commencé par le partage d’un repas avec un couple. Nous sommes ensuite sortis en club et la température est montée. Toute la soirée nous avons joué à ce jeu, nous nous sommes par la suite isolés dans un coin câlin pour assouvir notre fantasme et notre désir de l’autre», raconte un couple de Français trentenaires.

Traders, policiers, avocats ou ouvriers

Faire l’amour au beau milieu de la piste, sur le bar ou à l’abri des regards dans un couloir sombre, peu importe, du moment que le plaisir et le respect sont là. «Contrairement aux idées reçues, ici ça n’est pas une boucherie. Il y a dix fois plus de respect que dans une boîte de nuit classique, où dix mecs peuvent se coller à une fille sans lui demander son avis. Pas de cela ici, l’homme propose la femme dispose», lance la serveuse derrière le bar.

La seule différence notable est sans doute culturelle. «Les Français sont beaucoup plus coincés. Ils ont plus de mal à se mettre dedans que les Allemands ou les Luxembourgeois. Les plus «open», ce sont sans hésiter les Belges», précise Anaëlle, la compagne du propriétaire. Mais au final, qu'ils soient traders, policiers, avocats ou ouvriers, tous viennent chercher la même chose. Réveiller le libertin qui est en eux.

(Nastassia Solovjovas/L'essentiel)