Étudiants frontaliers

19 juin 2013 15:58; Act: 19.06.2013 16:44 Print

«Nous avons vraiment besoin de cette bourse»

LUXEMBOURG - Alors que la Cour de justice de l'UE se prononcera jeudi sur le dossier des bourses, Clara et Audrey expliquent pourquoi elles ont absolument besoin de cet argent pour poursuivre leurs études.

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Certains étudiants frontaliers de l'Uni ont de réelles difficultés financières. (editpress)

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«La plupart des étudiants luxembourgeois ne se soucient pas d’argent. Pour nous, c’est le nerf de la guerre», explique Clara*, étudiante belge à l’Université du Luxembourg. «Mes deux parents travaillent au Luxembourg et y paient des impôts. Pourquoi n’aurais-je alors pas droit aux bourses étudiantes du Cedies (voir encadré)», s’énerve la jeune fille âgée de 19 ans. Cela fait deux ans qu’elle suit des cours d’histoire européenne à l’Uni. Des années pas faciles: «J’habite à la frontière, donc pour moi c’est la fac la plus proche. Mais financièrement ça a été dur».

Car même si les coûts des études en soi ne sont pas élevés au Grand-Duché, la note devient salée pour la jeune fille. «J’ai des frères et sœurs, eux aussi auront envie d’aller à l’université. Mes parents n’ont pas les moyens de me soutenir financièrement. C’est pour ça que je bosse le week-end, au Cora local. Sans ça, ce serait vraiment impossible».

«Les Luxembourgeois ne se rendent vraiment pas compte de la chance qu’ils ont!»

Contrairement à son amie belge qui ne reçoit pas de bourse étudiante, Audrey*, Française de 20 ans, a droit à 160 euros par mois du CROUS (organe français). Une goutte dans l’océan: «Mes parents habitent à plus d’une heure et demie de la frontière. Sans voiture, ça fait vraiment loin. J’ai donc déménagé pour me rapprocher un peu de la fac». Mais les fins du mois sont difficiles. Aux frais de loyer s’ajoutent la nourriture, les livres scolaires souvent à 80 euros, et les billets de train bien sûr.

«Avez-vous vu le salaire moyen au Luxembourg? Mes parents ne gagnent pas cet argent, même à deux. Et eux aussi ont leurs factures. Ils n’ont pas la possibilité de m’aider». « Le pire, c’est que les Luxembourgeois ne se rendent vraiment pas compte de la chance qu’ils ont! Certains d’entre eux commencent des études, les interrompent ensuite, recommencent une nouvelle fois. Pour nous, financièrement, c’est impensable», explique Clara, une pointe d’amertume dans la voix.

Les frontaliers prêts à lâcher du lest

«Je comprends que le coût financier serait énorme pour le Luxembourg s’il devait accorder des bourses à tous les enfants de frontaliers», détaille Audrey. «Mais pourquoi ne pas nous octroyer au moins une partie de la bourse? Ou changer le système? Pourquoi ne pas distribuer l’aide financière sur base du mérite, de la réussite scolaire», s’interroge la Française.

Entre-temps les jeunes filles cumulent les lettres de refus du Cedies, espérant que le tribunal décidera en leur faveur ce jeudi, et qu’elles se verront rétroactivement allouer les bourses. «Ou si du moins on pouvait avoir cet argent à partir de maintenant, vraiment, vous n’avez aucune idée à quel point ça nous aiderait, insiste Audrey. Il y a énormément d’étudiants étrangers à l’Uni et je pense que le Luxembourg en profite. C’est ça aussi qui fait sa réputation. Qu’est-ce qu’il ferait sans élèves? Ce serait quand même la moindre des choses de nous soutenir financièrement, ne serait-ce qu’un tout petit peu. Nous avons vraiment besoin de cet argent».

(Laurence Bervard/L'essentiel Online)