Avoirs illégaux et fiscalité

22 mars 2013 15:22; Act: 22.03.2013 18:03 Print

Le Luxembourg s'invite dans le débat sur Chypre

Médias et experts faisaient vendredi des parallèles entre le Luxembourg et Chypre, considérés comme des «paradis fiscaux». Certains en profitent pour critiquer vertement le Grand-Duché.

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En 2010, la place financière représentait 26% du PIB du Luxembourg. (photo: Editpress)

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Le secteur bancaire de Chypre, moteur de la prospérité de l'île méditerranéenne depuis deux décennies, a finalement contribué à l'effondrement brutal de l'économie, même si pour les experts, c'est l'aide apportée à sa grande soeur grecque qui a provoqué sa perte. «Malheureusement, nous avons pris la mauvaise décision d'accepter (en 2012) la décote» des titres publics grecs achetés en 2009 et 2010 et «nous avons perdu 4,5 milliards d'euros», soit le quart du PIB annuel chypriote, alors que «nous répondions à une demande de l'Union européenne» explique Mario Skandalis, un haut dirigeant de la Bank of Cyprus, la première banque commerciale de Chypre.

Avec la Popular Bank (Laiki en grec), la Bank of Cyprus est l'une des plus exposées à la dette grecque. Les deux mastodontes du système bancaire local, qui représentent selon M. Skandalis la moitié des capitaux bancaires sur l'île, sont aujourd'hui menacés de faillite ou de restructuration. Les autorités chypriotes sont en effet engagées dans une course contre la montre pour trouver d'ici lundi 7 milliards d'euros en échange d'une aide européenne de 10 milliards d'euros pour éviter la banqueroute.

Hypertrophie

A elle seule, Bank of Cyprus emploie 11 000 personnes, dont 8 000 à l'étranger, en particulier dans ses 199 branches russes et 188 grecques, selon un rapport de l'Association des banques de Chypre. «Si nous perdons le secteur bancaire, alors, de toute façon, nous serons perdus», assène, désespéré, Marios Zachariadis, professeur d'économie à l'université de Chypre. Le secteur bancaire de l'île et les services financiers qui y sont liés représentent environ 45% du Produit intérieur brut (PIB) de Chypre (17,5 milliards d'euros), selon M. Skandalis. Depuis la fin des années 1980, la petite île située aux confins du bassin méditerranéen a accueilli, au gré des conflits et troubles dans la région, des fonds venant du Liban, situé à une demi-heure d'avion, mais aussi de Russie. «Au début des années 90, beaucoup d'argent est arrivé, du Liban, de Grande-Bretagne (ancien pays mandataire) et aussi de Russie, après l'effondrement de l'ex-Union soviétique», explique M. Zachariadis.

Un taux d'imposition sur les sociétés à 10%, diverses exonérations de taxes sur les plus values et dividendes, des accords de non double-imposition (en particulier avec la Russie) et une législation anglo-saxonne plus libérale ont contribué à alimenter un flux permanent de liquidités à travers le pays et fait gonfler les dépôts bancaires. En novembre, un rapport d'information du Sénat français réalisé au nom la commission des Affaires européennes dénonçait l'hypertrophie du système bancaire chypriote en évoquant des «actifs bancaires qui représentent 750% du PIB». Les avoirs russes sur l'île sont estimés par l'agence Moody's à 31 milliards de dollars (24 milliards d'euros), soit plus du tiers des dépôts, évalués par l'Association des banques de Chypre à 69,3 milliards d'euros.

Pourquoi personne ne s'attaque au Luxembourg?

Mais l'alliance historique de Nicosie avec Moscou a contribué à alimenter à l'égard de l'île méditerranéenne des soupçons de paradis fiscal ensoleillé et peu vigilante sur l'origine des fonds, surtout avant son adhésion à l'Union européenne en 2004. «Une partie des avoirs (étrangers à Chypre) est vraisemblablement illégale, mais dans quelle proportion? Certainement pas davantage qu'en Suisse ou au Luxembourg», estime M. Zachariadis. «La taille du système est tout à fait raisonnable», tonne M. Skandalis s'étonnant que personne au sein de l'Union européenne ne se montre aussi critique envers les secteurs bancaires de ces deux autres pays.

«Nous voulons rester dans la zone euro, nous appartenons à la famille européenne», insiste M. Skandalis, dénonçant «l'attitude hostile» à l'égard de Chypre de la part de «certains pays», en particulier l'Allemagne. «Ils (l'UE) poussent Chypre à se tourner vers la Russie», déplore M. Zachariadis. «D'ici 5 ans, nous allons avoir des milliards de revenus issus des gisements de gaz» découverts au large de Chypre, ajoute M. Skandalis. «Comment peuvent-il (l'UE) ne pas voir cela?», lance-t-il.

(JV/L'essentiel Online avec AFP)

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Les commentaires les plus populaires

  • julie lescaut le 23.03.2013 13:03 Report dénoncer ce commentaire

    A Luxembourg, il n'y a pas de gisements de gaz et de pétrole comme au large de la Grèce. Premier point, 2èm. Pour une fois que le contribuable européen n'a pas besoin de mettre la main à la poche pour payer les gabegies de ces banques, on devrait plutôt être content. Qu'elles coulent, au lieu de renflouer des puits sans fond. De toute façon nos économies sont perdues dans un sens ou dans un autre. L'Islande l'a bien fait et s'en porte très bien...

  • Fitch le 23.03.2013 07:40 Report dénoncer ce commentaire

    S'il y avait dumping fiscal au Luxembourg le pays n'existerait plus; un pays comme le Koweit ou le Qatar peut se permettre un dumping fiscal mais pas un petit pays sans ressources naturelles. Dire que le prix du carburant et des cigarettes enlève des impôts aux pays voisins est aussi pervers que illogique. On devrait alors également dire que les pays voisisns font du dumping sur l'immobilier et les produits de première nécessité. Le Grand-Duché perd des milliard chaque année parce que ses résidents vont faire des courses à l'étranger.

  • Emile le 22.03.2013 17:24 Report dénoncer ce commentaire

    Eux qui ont crée le bazar dans la zone Euro osent même pointer du doigt les pays qui ont supporté le plan de sauvetage (sans Juncker, je voudrais bien voir ou ils on seraient ;) de leur pays...

Les derniers commentaires

  • frédéric koninckx - Belgique le 23.03.2013 16:46 Report dénoncer ce commentaire

    L'état Chypriote est surendetté car leur taux d'imposition est trop bas. Le déficit est inévitable . L'économie Chypriote dépend trop des banques et du tourisme ( ont-ils le choix ? ). Par contre , le GDL est beacoup mieux géré , les finances de cet état sont très bonnes. Le GDL dépend moins de ses banques que Chypre. Mr Zachariadis accable le GDL pour faire diversion. Qu'il commence par augmenter les impôts.

    • francky le 27.03.2013 21:57 Report dénoncer ce commentaire

      que les gens paient leurs impots tout simplement

  • La nouvelle résistance le 23.03.2013 16:19 Report dénoncer ce commentaire

    Non aux plans de renflouement Non à l'austérité Chypre pourrait être comme l'Islande le grain de sable qui fait dérailler la machine de destruction des peuples. Soutenez le plan B avec la séparation strictes des banques afin de mettre les spécualteurs en faillite. La nouvelle résistance contre le monde de la finance

  • julie lescaut le 23.03.2013 13:03 Report dénoncer ce commentaire

    A Luxembourg, il n'y a pas de gisements de gaz et de pétrole comme au large de la Grèce. Premier point, 2èm. Pour une fois que le contribuable européen n'a pas besoin de mettre la main à la poche pour payer les gabegies de ces banques, on devrait plutôt être content. Qu'elles coulent, au lieu de renflouer des puits sans fond. De toute façon nos économies sont perdues dans un sens ou dans un autre. L'Islande l'a bien fait et s'en porte très bien...

  • Bunga-Le Vrai le 23.03.2013 12:57 Report dénoncer ce commentaire

    Les commentaires anti Lux. oublient de mentionner que la France (avec les Pays-Bas, les Anglais et les Américains) exploitent sans pitié les ressources africaines. Ils ne paient pas un cent d'impôts sur leurs exploitations la ba pas au fisc français et pas au fisc local. Pire, le gouvernement français soutient toutes ces entreprises et envoie même son armée ramener l'ordre (de Paris!!). Français, vous qui critiquez les Luxembourg, ne voyez vous pas que vous avez les mains pleines de sang? Si le GDL vit à vos dépens (??!!??) au dépens de qui vivez vous? Commencez chez vous à être corrects!

    • Poppy le 25.03.2013 11:41 Report dénoncer ce commentaire

      Non, vous vous trompez. Maintenant c'est surtout les chinois qui "exploitent sans pitié les ressources africaines", en donnant beaucoup moins en échange aux pays africains. Les européens ne sont pas si méchants que ça. Vous allez voir, en 20 ans, quand on sera tous sous les chinois ou les quatariens comme ils nous traiteront!

    • Bunga-Le Vrai le 25.03.2013 18:14 Report dénoncer ce commentaire

      Non monsieur je ne me trompes pas, je viens de ces régions! Vous dites que les Chinois donnent "moins", mais ils ne peuvent pas donner moins que 0! La France, avec d'autres, un pourboire de corruption aux gouvernements locaux, mais ne paye pas un rond d'impôts! Pire, si le peuple élit un autre gouvernement, un gouvernement correct qui voudrait arrêter la corruption et demander à ces sociétés se payer un minimum d'impôts la France formente un coup d'Etat ou bien elle fait une propagande que les élections étaient truquées, et souvent le président élu est assassiné!

    • Ypsos le 25.03.2013 18:54 Report dénoncer ce commentaire

      Elf, Total, Shell, Exon sont des noms typiquement chinois n'est ce pas?

    • Valodia le 26.03.2013 08:28 Report dénoncer ce commentaire

      Après avoir lu que bientôt "le pétrole jaillira" en République Centreafricaine et qu'il y a eu un coup d'Etat ces derniers jours je donnerais plutôt raison à Bunga-Le Vrai

  • Jean-Pierre le 23.03.2013 08:41 Report dénoncer ce commentaire

    L'avantage du Luxembourg pour l'UE est que malgré que certains flux monétaires sont douteux, on a toujours encore plus ou moins contrôle. Mais dès le moment qu'on met un terme à ça, on encourt notamment que l'argent va passer en Soudan, aux Emirats, bref vers des pays échappant au contrôle de l'UE. Les capitaux seront encore moins contrôlés. Regardez comment les hommes d'affaires chinois sont devenus créatifs pour contourner l'interdiction de faire sortir d'énormes sommes d'argent au delà des frontières.