Sexe et handicap

28 mars 2013 07:30; Act: 07.04.2013 22:01 Print

«Une assistante sexuelle n'est pas une prostituée»

LUXEMBOURG – Au Grand-Duché comme en France, les personnes handicapées physiques et mentales n’ont pas le droit à une assistance sexuelle. Un sujet qui demeure tabou.

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Autorisée en Belgique, en Allemagne ou encore en Suisse, l’assistance sexuelle n’a jamais été légiférée au Luxembourg. (photo: dr)

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«Certaines personnes handicapées de 40 ou 50 ans n’ont jamais eu de rapports. Elles n’ont jamais été touchées de manière affective. Un simple baiser, le contact de la peau, sentir des caresses, connaître l’orgasme, une autre sensation que les gants en latex d’une infirmière quoi!», s’exclame Joël Delvaux, handicapé physique depuis sa naissance. Avec sa femme Andréa, atteinte d’une maladie dégénérative et décédée en décembre, le Luxembourgeois a tenté de trouver une assistante sexuelle au Luxembourg. Sans succès.

«Il y a trois ans, nos handicaps ne nous permettaient plus d’avoir des relations normales. Nous aurions eu besoin d’une assistante sexuelle simplement pour coucher Andréa sur le lit et pour la changer de position pendant le rapport. Vu que ça n’existe pas au Luxembourg, nous avons cherché du côté des escort girls, mais les services étaient beaucoup trop chers». Pendant trois ans, le couple a donc dû se contenter de simples caresses.

La masturbation, cachée, mais bien réelle

Autorisée en Belgique, en Allemagne ou encore en Suisse, l’assistance sexuelle n’a jamais été légiférée au Luxembourg. «Personne ne s’est posé la question. Dans le cadre légal cela revient à l’assimiler au proxénétisme, qui lui est interdit», explique Norbert Campagna, professeur de philosophie à l’Uni. «Si la direction d'une institution autorise le personnel à avoir recours à l'assistance sexuelle, elle peut donc être accusée de proxénétisme», conclut l’auteur de l’ouvrage La sexualité des handicapés: faut-il seulement la tolérer ou aussi l’encourager.

Cachées, mais bien réelles, des pratiques comme la masturbation se pratiqueraient par le personnel soignant, qui fait face aux besoins de ses patients. «Dans les institutions, il peut arriver qu’un homme ait une érection alors que l’infirmière le lave. C’est une réaction humaine. Il y a également des couples qui se forment entre les résidents. Personne ne peut donc nier ce besoin vital», ajoute Joël Delvaux. Mais au Grand-Duché, le sujet semble encore tabou.

Ils font appel à des prostituées luxembourgeoises

Selon le réalisateur Jacques Molitor, qui s’est intéressé à la sexualité des Luxembourgeois dans «Sweetheart Come», «le problème vient de l'influence forte de l'Église, même si elle s'est ouverte ces dernières années». «C’est aussi un petit pays où les minorités sont très peu représentées», ajoute-t-il. La solution? Se résigner ou traverser la frontière allemande: «La plupart se rendent à Trêves dans une maison close nommée le Eros Center. Mais c’est beaucoup plus problématique pour les femmes, car il y a très peu d’hommes qui se prostituent», explique Joël Delvaux.

Membre de l’association «Nemme mat eis», tenue exclusivement par des personnes handicapées, il connaît également des hommes faisant appel à des prostituées luxembourgeoises: «Cela peut être une alternative, mais je tiens à rappeler qu’une assistante sexuelle n’est pas une prostituée. Cela nécessite une connaissance du handicap et une formation approfondie. Le Luxembourg doit créer un vrai statut», s’indigne Joël, pour qui la sexualité ne doit pas être un luxe, mais un droit.

La bande-annonce du film «The Sessions», au cœur du sujet.

Le film «Sweetheart Come», de Jacques Molitor, auquel Joël Delvaux a participé

"Sweetheart come" - theatrical trailer from Jacques Molitor on Vimeo.

Nastassia Solovjovas/L'essentiel Online

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Les commentaires les plus populaires

  • oli le 28.03.2013 15:48 Report dénoncer ce commentaire

    pourquoi ne pas légaliser la prostitution, donc la contrôler et de ce fait assurer une certaine sécurité pour les peripapetitiennes et peripapetitiens ? la prostitution existera toujours donc pourquoi refuser d'affronter le problème ?

  • grevio le 28.03.2013 09:05 Report dénoncer ce commentaire

    Généralement je suis très ouverte d'esprit mais parler de "formation" pour cette assistance sexuelle… on ne peut pas parler de prostitution car on paye pas la personne comme telle… c'est quand même faire un acte avec une personne "étrangère"… je m'interroge même si je conçois que les handicapés n'ont pas être mis de coté pour leur plaisir…

  • Dis Gusting le 28.03.2013 11:50 Report dénoncer ce commentaire

    Pourquoi mediatiser ce genre de choses... cela n'interesse personne et peut meme degouter certains.

Les derniers commentaires

  • Fabrice le 26.05.2014 16:43 Report dénoncer ce commentaire

    Je suis un Belge francophone de 39 ans, handicapé physique. Majeur d'âge, j'aimerais savoir comment faire pour contacter une assistante sexuelle qui vivrait en Wallonie belge pour, avec elle, connaître un premier rapport. Si un habitué de ce site pouvait me conseiller à ce sujet, mon e-mail est : delferrieref@yahoo.fr . Merci d'avance. Fabrice

  • fabian roessli le 09.04.2013 13:28 Report dénoncer ce commentaire

    Je suis handicapé, j'aimerais avoir une relation sexuelle.

  • rené gérard le 29.03.2013 13:44 Report dénoncer ce commentaire

    il faudrait peut être commencer par ne pas se mettre à leurs places surtout dans les parkings des grandes surfaces

    • alain golé le 30.03.2013 15:49 Report dénoncer ce commentaire

      Non, René Gérard, ces personnes ont seulement un peu trop d'empathie vis-à-vis des personnes handicapées.

  • tonton le 29.03.2013 10:56 Report dénoncer ce commentaire

    D'ou sort cette idée farfelue qu'on aurait comme handicapé(e) un DROIT à l'amour ? (ou plutôt un droit au plaisir sexuel). Et les non-handicapés qui vivent - sans le vouloir - dans le célibat, ils vont aussi pouvoir introduire une démande de remboursement des frais pour se faire une **** aux Assurances Sociales? Tiens, je vais poser la demande à mon médécin: "Vous pouvez me faire une préscription pour 12 séances de ****** ?" - mieux que non - il risque de mourir de rire.

    • Soeur d'un jeune handicapé le 04.04.2013 13:43 Report dénoncer ce commentaire

      Si vous même ou un membre de votre famille était handicapé, vous comprendriez la nécessité d'avoir recours à une assistance sexuelle. Réfléchissez avant de raconter des c****ries plus grosses que vous !

    • ReSo le 05.04.2013 14:45 Report dénoncer ce commentaire

      On entend toujours que tout le monde devrait avoir les mêmes droits. Dès qu'une personne non handicapée veut avoir son soulagement sexuel, elle sera pénalisée et intitulée d'abuser des femmes/hommes. Alors pourquoi ne pas accorder ce "droit" à chacun ou est-ce que les non-handicapés n'ont pas les mêmes droits pour leur sexualité? J'appelle ceci de la discrimination pure et simple.

    • Soeur d'un jeune handicapé le 05.04.2013 18:21 Report dénoncer ce commentaire

      Je ne conteste pas votre point de vue. Certes, chacun a droit à la sexualité, quel que soit son âge, son physique,... Mon frère était vraiment un beau jeune homme avant son grave accident. Maintenant, nous devons moi et mes parents lui trouver une assistance sexuelle car les jeunes filles de son âge ne veulent plus de lui car son "aspect physique" est considérablement diminué. Sa petite amie a pris la fuite en le voyant dans cette état ! Rejet total. Le problème se situe au niveau éthique. La sexualité à tous niveaux demeure un sujet tabou. Les mentalités ne sont pas prêtes d'évoluer :s

  • Odin le 28.03.2013 23:52 Report dénoncer ce commentaire

    On nous fait c***r avec le mariage pour tous reconnu comme un droit et pour les handicapes Nada ? Ce sont des êtres humains comme tous, honte a ceux qui tournent la tête. Vous trouvez cela normal qu'une mère masturbe son enfant afin qu'il puisse ressentir du plaisir ? Stop aux faux tabous.