Sous l'occupation nazie

10 février 2015 16:00; Act: 11.02.2015 10:21 Print

L'administration du Luxembourg a collaboré

LUXEMBOURG - Le comité scientifique de l'Uni a présenté mardi après-midi son rapport sur le rôle des administrations luxembourgeoises durant l'occupation allemande de 1940 à 1944.

op Däitsch
Sur ce sujet
Une faute?

En février 2013, l'historien luxembourgeois Denis Scuto faisait trembler le Luxembourg en publiant une liste d’enfants juifs établie par l'administration en 1940 et remise aux nazis. Pour faire la lumière sur ce triste épisode de l’histoire luxembourgeoise, le gouvernement Juncker avait donc mis en place un comité scientifique à l’Université du Luxembourg. Ce comité a publié son rapport ce mardi et la conclusion est sans appel: «Les administrations du Luxembourg sous l'occupation ne furent pas forcées de participer aux persécutions antisémites nazies sous la menace. Elles y collaborèrent tant qu’elles y furent invitées par l’occupant et s'acquittèrent bien souvent de leur mission avec diligence, voire avec zèle».

Les recherches de ce comité ont été menées par le jeune historien Vincent Artuso, auteur d'une thèse sur «La collaboration au Grand-Duché durant la Seconde Guerre mondiale (1940-1945)». Dans ce comité on retrouve également Denis Scuto. D’ailleurs, ce rapport de plus de 250 pages revient sur cette fameuse liste par laquelle la polémique vint. C’est Michel Reuland, alors chef des inspecteurs de l’enseignement primaire, qui la rédigea. «Aucun corps de la fonction publique ne fut probablement aussi précocement et complètement acquis au mouvement pro-allemand que celui des inspecteurs de l’enseignement primaire», peut-on lire dans le rapport. Les chercheurs évoquent également la collaboration des bourgmestres et des chefs d’établissements scolaires qui «dans de nombreux cas préférèrent en faire plus que pas assez».

Le Luxembourg doit-il s'excuser?

Les raisons de cette collaboration sont nombreuses mais elle sont en tout cas à remettre en perspective dans l’histoire du Luxembourg. La haine des juifs, suite à l’afflux de réfugiés et la crise économique, avait commencé bien avant l’invasion allemande au Luxembourg. «Si la politique antisémite fut acceptée et appliquée par l’administration luxembourgeoise, ce fut aussi parce que ses objectifs ne paraissaient pas disproportionnés et s’inscrivaient, eux aussi, dans une certaine continuité», peut-on lire dans le rapport. Selon les chercheurs du comité, l’administration luxembourgeoise a collaboré dans trois domaines: l'identification des personnes considérées comme appartenant à la "race" juive selon les critères allemands; leur expulsion de la fonction publique, des professions libérales et des écoles; et la spoliation de leurs biens.

En 2012, le Premier ministre belge a présenté des excuses officielles à la communauté juive pour la collaboration d’autorités de son pays «à l’entreprise d’extermination mise en place par les nazis». L’historien Serge Hoffmann avait alors demandé à Jean-Claude Juncker de faire la même chose. «Le but de ce rapport est de fournir au gouvernement des éléments qui lui permettront de juger s’il doit présenter ses excuses à la communauté juive», est-il écrit dans l'introduction de ce rapport qui ne manquera pas de faire réagir...

(Fatima Rougi/L'essentiel)