Affaire Epstein

14 août 2019 20:42; Act: 14.08.2019 20:45 Print

«Ma quête de justice ne fait que commencer»

Après le suicide du financier dans sa cellule, l'une de ses victimes présumées poursuit sa famille et ses complices au tribunal.

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Quatre jours après la mort en prison du financier Jeffrey Epstein à New York, une victime de ses agressions sexuelles présumées a intenté une action en justice contre ses héritiers et complices présumés, tandis qu'il apparaissait que les gardiens chargés de le surveiller s'étaient endormis. Jennifer Araoz, 32 ans aujourd'hui, qui affirme que M. Epstein l'a sexuellement agressée plusieurs fois lorsqu'elle avait 14 et 15 ans, a réclamé réparation à ses héritiers devant la Cour suprême de l'Etat de New York, ainsi qu'à son amie et complice présumée, Ghislaine Maxwell, et trois autres femmes dont l'identité n'a pas été révélée.

Mme Araoz est l'une des premières victimes connues de Jeffrey Epstein à déposer une plainte dans le cadre d'une loi new-yorkaise entrant en vigueur ce mercredi: adoptée après les scandales de pédophilie à répétition dans l'Eglise, elle donne un an aux victimes présumées de crimes sexuels pour porter plainte au civil, quelle que soit l'ancienneté des agressions subies.

Les agressions se sont aggravées

«Epstein a été trouvé mort, apparemment d'un suicide, dans sa cellule la semaine dernière. Le fait qu'il n'aura pas à me répondre personnellement devant les tribunaux me met en colère, mais ma quête de justice ne fait que commencer», a écrit Mme Araoz dans un éditorial publié par le New York Times. Elle a expliqué comment elle s'était fait prendre au «piège» de Jeffrey Epstein, décrivant un modus operandi similaire à celui utilisé contre d'autres victimes du riche et charismatique financier.

Il avait été inculpé début juillet pour de multiples agressions sexuelles sur mineures, qui se seraient déroulées dans ses résidences de Manhattan et de Floride. Une des «rabatteuses» du financier aurait approché Mme Araoz sur le trottoir devant son lycée new-yorkais. Elle lui aurait parlé d'un homme riche qui pourrait l'aider à lancer la carrière d'actrice dont elle rêvait. Les premières visites dans la luxueuse demeure du financier à Manhattan, truffée de caméras, se déroulèrent sans incident, selon Jennifer Araoz: pendant une heure ou deux, Jeffrey Epstein lui parlait, et elle recevait 300 dollars en cash après chaque entrevue. Mais après moins d'un mois, M. Epstein lui aurait demandé de le masser et d'enlever son haut, prétextant qu'il devait voir son corps pour l'aider à trouver du travail comme mannequin.

Les agressions se sont ensuite aggravées: il exigeait de la toucher pour se masturber. Au bout d'un an, en 2002, il la viola, rapporte-t-elle. Elle mit fin à ses visites, changea d'école pour s'éloigner de son quartier, et mit des années avant de pouvoir en parler à ses proches. «Faire face au réseau de pouvoir et de richesse qui entourait Epstein est effrayant, mais je n'ai plus peur (...) La loi est avec moi, on va me voir, on va m'entendre, je demanderai justice.» D'autres victimes présumées se prépareraient à intenter des actions contre les héritiers du milliardaire américain - sa seule famille connue est son frère Mark.

(L'essentiel/afp)