Peine de mort aux États-Unis

16 avril 2017 19:48; Act: 16.04.2017 20:00 Print

«Tuer, l'expérience qui ne vous quitte jamais»

Sept prisonniers devraient être exécutés ces prochains jours dans l'Arkansas. Un ancien directeur de prison s'inquiète pour la santé mentale... des bourreaux.

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L'un des huit condamnés a déjà obtenu un sursis, le temps pour les juges d'examiner son recours.

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Exécuter un détenu, le «tuer», c'est une expérience «qui ne vous quitte jamais», confie Ron McAndrew. Cet ancien directeur d'une prison de Floride en sait quelque chose, lui qui commençait à en souffrir quand il a quitté son poste en 1998, après huit exécutions. Il combat désormais la peine de mort et il s'inquiétait particulièrement pour la santé mentale des bourreaux qui devaient exécuter sept prisonniers dans l'Arkansas, du 17 au 27 avril. Un rythme inédit pour un État américain depuis que la Cour suprême a rétabli la peine de mort en 1976.

«Ces agents pénitentiaires apprennent à connaître les détenus», a-t-il relevé. «Ils travaillent 24 heures par jour avec ces détenus, ils leur apportent à manger, les emmènent se laver, faire du sport, ils discutent avec eux, devant leur cellule, quand ils se sentent seuls. Et, tout à coup, ce sont les mêmes qui doivent emmener les prisonniers dans une autre pièce pour les tuer.»

Dommages collatéraux

Mais un rebondissement est survenu samedi matin: une juge fédérale américaine a suspendu ces mises à mort, même si l’État du sud devrait rapidement faire appel. C'est pour devancer la date de péremption, à la fin du mois, d'une substance utilisée dans les injections létales que le gouverneur républicain Asa Hutchinson a accéléré le calendrier des exécutions. «Nous voulons que le gouverneur comprenne que pendant que lui sera assis bien confortablement dans son bureau, ces hommes participeront à l'assassinat d'un autre être humain», expliquait Ron McAndrew, avant le répit de samedi.

Il refuse de prononcer le mot «exécution» qui, pour lui, n'est qu'un euphémisme. «C'est une expérience qui ne vous quitte pas avant longtemps, je crois même que ça ne vous quitte jamais», a-t-il répété. Ron McAndrew a participé à la mise à mort de huit condamnés, trois en Floride et cinq au Texas. Les exécutions sont menées par un petit groupe d'environ cinq personnes, et «on ne peut pas changer l'équipe», explique-t-il. «Les gardiens qui se chargent des exécutions ont répété plusieurs centaines de fois», souligne l'ex-fonctionnaire, âgé de 78 ans. «Un agent volontaire joue le rôle du détenu. Ils vont le chercher dans sa cellule, le mettent sur la table d'exécution et lui mettent l'intraveineuse...»

Les autorités ont refusé d'indiquer si les mêmes bourreaux devaient s'occuper de cette série d'exécutions, désireux de ne pas révéler leurs identités. «Je vous assure qu'ils sont bien formés et qualifiés pour mettre en pratique leurs responsabilités respectives», a simplement indiqué le porte-parole de l'administration pénitentiaire de l'Arkansas, Solomon Graves.

(L'essentiel/ats)