En Algérie

04 juin 2017 15:48; Act: 04.06.2017 15:59 Print

Un écrivain humilié dans une émission de télévision

L'humiliation sur une télévision privée en Algérie de Rachid Boudjedra, figure de la littérature algérienne piégé par une caméra cachée, a créé un tollé dans son pays.

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De faux policiers font notamment irruption et intiment à M. Boudjedra de réciter la «chahada», la profession de foi de l'islam. (photo: Capture d'écran)

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Le 31 mai, en s'en prenant dans sa séquence quotidienne «Rana Hkemnak» (On t'a piégé), à Rachid Boudjedra, ancien combattant de la guerre d'indépendance et grand nom de la littérature et de la poésie algériennes, la chaîne privée Ennahar a suscité l'indignation. Invité à une prétendue nouvelle émission littéraire, l'écrivain de 74 ans, scénariste notamment du film algérien «Chroniques des années de braise», Palme d'or du festival de Cannes en 1975, y est humilié et brutalisé.

De faux policiers font notamment irruption et intiment à M. Boudjedra - athée revendiqué dans un pays où l'islam est religion d’État et qui a été menacé de mort par les islamistes durant la guerre civile des années 1990 - de réciter la «chahada», la profession de foi de l'islam. Bien qu'il ait refusé que ce canular douteux soit diffusé et ait menacé la chaîne de poursuites, Ennahar a passé outre. «J'ai contacté à plusieurs reprises le directeur de la chaîne et tout ce à quoi j'ai eu droit ce sont de simples excuses du rédacteur en chef», a expliqué M.Boudjedra, affirmant qu'il allait traduire la chaîne en justice.

Fin de l'émission

Cette séquence a suscité des réactions indignées dans la presse et sur les réseaux sociaux, pointant du doigt plus largement caméras cachées humiliantes et «reportages» racoleurs qui se multiplient sur les chaînes privées algériennes. Samedi, une centaine de journalistes, intellectuels et universitaires se sont rassemblés devant le siège de l'Autorité de régulation de l'audiovisuel (Arav) à Alger. Saïd Bouteflika, frère et conseiller du président algérien, a fait une brève apparition et parlé d'une «ignominie» contre M. Boudjedra.

Samedi, le directeur d'Ennahar Anis Rahmani a annoncé sur Twitter l'arrêt de «Rana Hkemnak». Mais la chaine continue de diffuser une dizaine d'émissions de caméras cachées, de divers formats, mais utilisant toutes les mêmes ressorts.

(L'essentiel/AFP)