Crise politique

26 avril 2012 16:56; Act: 26.04.2012 17:28 Print

Le Liechtenstein va-​​t-​​il perdre son prince?

La minuscule principauté est agitée par le projet de militants voulant faire abroger par référendum le droit de veto du prince, qui en retour menace de se retirer de ses fonctions.

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Avec quelque 36 000 habitants et une surface de 160,5 km2, le bucolique Liechtenstein, coincé entre la Suisse et l'Autriche, profite d'un niveau de vie sans égal grâce au dynamisme de son secteur industriel et de sa place financière. Longtemps considéré comme un paradis fiscal, le Liechtenstein est l'un des pays les plus riches du monde, selon le classement mondial du produit intérieur brut par habitant. Autonome depuis la fin du Saint Empire romain germanique en 1806, la parcelle de terre grande comme trois fois Luxembourg-Ville, est dirigée par la dynastie des Liechtenstein.

Du haut de son château surplombant la petite capitale Vaduz, le prince héritier Aloïs von und zu Liechtenstein a vu son pouvoir attaqué ces derniers mois par un comité de citoyens réunis sous le slogan «oui, pour que ta voix compte». Leur objectif est de lancer un référendum afin de faire abroger le droit de veto du prince, qui peut par son intermédiaire bloquer toute loi ou initiative populaire. La simple menace d'usage du veto peut faire capoter tout projet de réforme, comme celle visant à légaliser l'avortement.

«Ici, c'est comme un village et tout le monde se connaît»

Le prince Aloïs, 43 ans, marié et père de 4 enfants, avait indiqué son opposition à cette initiative et averti qu'il y apposerait son veto au cas où le peuple l'aurait approuvée, empêchant ainsi son entrée en vigueur. Le référendum de septembre 2011 s'était donc soldé par un rejet de la réforme. «Le référendum était voué à l'échec», car la menace du prince d'employer son droit de veto a «torpillé» la votation, a indiqué Sigvard Wohlwend, porte-parole de ce mouvement citoyen. Le vote raté sur l'avortement a été le point de départ du projet de référendum sur le droit de veto du prince, a expliqué M. Wohlwend, selon lequel l'objectif n'est pas d'abroger la monarchie, mais d'accorder plus de pouvoir au peuple.

Le chemin menant au référendum est cependant semé d'embûches. Les initiateurs du projet doivent collecter 1 500 signatures d'ici le 10 mai afin de pouvoir lancer la votation populaire. Cette dernière n'est pas prête d'aboutir dans le quatrième plus petit pays d'Europe. «Ici, c'est comme un village et tout le monde se connaît. Les gens ne veulent pas qu'on apprenne qu'ils ont voté pour ce projet», reconnaît M. Wohlwend. «Le prince conserve l'ensemble de ses droits et la monarchie reste établie», explique pourtant un membre du comité, Paul Vogt, dans la presse locale.

«Le prince ne signale aucune volonté de compromis»

Car le prince Aloïs a lancé un avertissement à ses sujets. Dans son discours du 1er mars devant le Parlement, il a affirmé que «la maison princière n'est disposée à prendre ses responsabilités politiques que si le prince (...) dispose des outils nécessaires». «Mais si le peuple n'est plus disposé à cela, alors la maison princière ne voudra plus prendre de responsabilités politiques et (...) se retirera complètement de la vie politique», a averti le prince, laissant clairement entrevoir qu'il n'accepterait pas de se voir retirer le droit de veto, ancré depuis 1921 dans la constitution.

«Le prince ne signale aucune volonté de compromis», souligne Wilfried Marxer, directeur de l'Institut Liechtenstein. Pour ce chercheur en sciences politiques, d'autres petits États comme Saint-Marin ou l'Andorre, existent bien sans monarchie. Mais au Liechtenstein, «la monarchie est une tradition profondément ancrée. Les gens craignent de perdre leur identité et leur niveau de vie si la monarchie venait à disparaître», estime M. Marxer. Aberration du système, le prince peut imposer son veto en cas de succès du référendum. Selon ces experts, il est cependant plus probable qu'il y renonce et décide de se retirer.

(L'essentiel Online/AFP)