Le Premier ministre arrêté

25 octobre 2021 07:38; Act: 25.10.2021 11:58 Print

Un coup d'État militaire en cours au Soudan

Le Premier ministre soudanais et la plupart des ministres ont été arrêtés, internet est coupé et des manifestants se sont réunis à Khartoum où la situation est confuse.

Voir le diaporama en grand »

Sur ce sujet
Une faute?

Le Premier ministre du Soudan Abdallah Hamdok et la plupart des ministres de son gouvernement ont été arrêtés à leurs domiciles lundi matin par des hommes armés non identifiés, après des semaines de tensions entre les autorités militaires et civiles de transition dans ce pays d’Afrique de l’Est. Internet a été coupé dans tout le pays, ont constaté des journalistes de l’AFP, tandis que des manifestants se rassemblaient dans les rues pour protester contre ces arrestations, mettant le feu à des pneus.

En outre, des soldats ont pris d'assaut le siège de la radiotélévision d'État soudanaise à Omdourman, ville-jumelle de Khartoum uniquement séparée par un pont sur le Nil, a indiqué lundi le ministère de l'Information qui parle d'un «coup d'État». «Des employés sont retenus», ajoute le ministère alors que la télévision d'État diffuse actuellement un long concert de musique traditionnelle.

«Désobéissance»

L’Association des professionnels, l’un des fers de lance de la révolte qui a mis fin en 2019 à 30 ans de dictature du président Omar el-Béchir, a appelé lundi les Soudanais à la «désobéissance» face à un «coup d’État». Cette coordination a lancé son appel sur Twitter bien que l’internet est coupé dans tout le pays depuis tôt le matin.

Ces événements interviennent deux jours seulement après qu’une faction soudanaise appelant à un transfert du pouvoir vers un régime civil a mis en garde contre un «coup d’État rampant», lors d’une conférence de presse qu’une foule de personnes non identifiées avait cherché à empêcher.

Le Soudan connaît une transition précaire entachée de divisions politiques et de luttes de pouvoir depuis l’éviction du président Omar el-Béchir en avril 2019. Depuis août 2019, le pays est dirigé par une administration composée de civils et de militaires chargée de superviser la transition vers un régime entièrement civil.

Deux factions opposées

Le principal bloc civil, les Forces pour la liberté et le changement (FFC), qui a mené les manifestations anti-Béchir en 2019, s’est scindé en deux factions opposées. «La crise actuelle est artificielle, et prend la forme d’un coup d’État rampant», a déclaré Yasser Arman, leader du FFC, lors de la conférence de presse de samedi dans la capitale Khartoum. «Nous renouvelons notre confiance dans le gouvernement, le Premier ministre Abdallah Hamdok, et dans la réforme des institutions de transition, mais sans ordre ni imposition», a ajouté M. Arman.

Les tensions entre les deux parties existent depuis longtemps, mais les divisions se sont exacerbées après le coup d’État manqué du 21 septembre. La semaine dernière, des dizaines de milliers de Soudanais ont défilé dans plusieurs villes pour soutenir le transfert complet du pouvoir aux civils, et pour contrer un sit-in rival de plusieurs jours devant le palais présidentiel dans la capitale Khartoum, qui exigeait un retour au «régime militaire».

Crise «grave et dangereuse»

M. Hamdok a précédemment décrit les divisions au sein du gouvernement de transition comme la «crise la plus grave et la plus dangereuse» à laquelle est confrontée la transition. Samedi, M. Hamdok a démenti les rumeurs selon lesquelles il avait accepté un remaniement ministériel. Le Premier ministre a également «souligné qu’il ne monopolisait pas le droit de décider du sort des institutions de transition».

Samedi également, l’envoyé spécial des États-Unis pour la Corne de l’Afrique, Jeffrey Feltman, a rencontré conjointement M. Hamdok, le président de l’organe dirigeant du Soudan, le général Abdel Fattah al-Burhan, et le commandant paramilitaire Mohamed Hamdan Daglo. «M. Feltman a souligné le soutien des États-Unis à une transition démocratique civile, conformément aux souhaits exprimés par le peuple soudanais», a déclaré l’ambassade des États-Unis à Khartoum.

Selon des analystes, les récentes manifestations de masse témoignent d’un fort soutien à une démocratie dirigée par des civils, mais les manifestations de rue risquent d’avoir peu d’impact sur les puissantes factions qui font pression pour un retour au régime militaire.

(L'essentiel/AFP)