GRèCE

09 mai 2012 15:15; Act: 09.05.2012 16:11 Print

Un leader politique amateur de saluts nazis

Le fondateur du parti politique Chryssi Avghi (qui a obtenu 21 des 300 sièges du Parlement national) est surnommé le «Führer grec» depuis un coup d'éclat lors d’un conseil municipal à Athènes.

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«L'heure de la peur a sonné pour les traîtres à la patrie!», a averti dimanche soir Nikolaos Mihaloliakos, 55 ans, le dirigeant du groupe néonazi Chryssi Avghi (Aube Dorée, en français), après avoir assuré une entrée en force de sa formation au parlement récoltant 6,97% des suffrages.

À son arrivée à la conférence de presse, celui que la presse locale a affublé du sobriquet de «Führer grec» depuis le jour où il a effectué plusieurs saluts nazis lors d'un conseil municipal houleux à Athènes en janvier 2011, a marqué les esprits.

Journalistes étrangers ciblés

Dimanche soir, ses sbires aux crânes rasés ont obligé les journalistes présents à se lever «en signe de respect». Les protestataires ont été invités à quitter la pièce. Nikolaos Mihaloliakos a ensuite pris à partie les journalistes étrangers présents.

Il les a accusés de répandre des mensonges sur son mouvement, qui a mis en sourdine ces derniers mois ses références directement hitlériennes au profit d'une sorte de national-socialisme à la grecque.

«Veni, Vidi, Vici»

«La Grèce n'est que le commencement!», a-t-il crié dans leur direction. «Vous m'avez insulté, mis de côté, humilié, mais j'ai gagné!», a-t-il encore lancé à l'encontre des journalistes. Il a aussi cité Jules César en clamant: «Veni, Vidi, Vici» («Je suis venu, j’ai vu et j’ai vaincu!»). Une séquence que vous pouvez voir ci-dessous en vidéo (en grec, sous-titrée en anglais).

Fondé en 1980 par Nikolaos Mihaloliakos, et dirigé sans interruption depuis par ce mathématicien de formation, sans emploi connu à 55 ans, Chryssi Avghi (Aube Dorée) est passé en quelques mois du statut de groupe semi-clandestin à celui de rouage d'un système qu'il rejetait pourtant en se plaçant hors du jeu démocratique, analysent les observateurs.

L’arrivée de ce parti ouvertement raciste est une première dans l'histoire de la Grèce moderne, dans un pays profondément traumatisé par l'occupation nazie et la dictature militaire entre 1967 et 1974.

Un leader formé en prison

Aube Dorée a commencé son ascension fulgurante quand la formation concurrente d'extrême-droite Laos, entrée elle au parlement dès 2007, s'est ralliée en novembre à la politique d'austérité, lui laissant le champ libre pour revendiquer le vote protestataire. Aube Dorée avait préparé le terrain en noyautant depuis plusieurs années les quartiers populaires de la capitale, menant la chasse aux migrants sans papiers qui s'y entassent livrés à eux-mêmes, en transit vers l'Europe.

Formé au contact de l'ancien colonel de la junte Georges Papadopoulos en prison, où il a effectué deux séjours pour violences en 1976 et 1978, Nikolaos Mihaloliakos a aussi tiré profit du désaveu des Grecs envers une classe politique rendue responsable de la débâcle financière du pays.

Une prétendue «race grecque»

Sous l'emblème hellène du méandre (que certain compare à la croix gammée), Aube Dorée prône désormais un national-socialisme à la grecque, censé «décrasser» le pays par le départ des étrangers indésirables et l'éviction des politiciens corrompus, au profit d'une prétendue «race grecque».

S'inscrivant dans la lignée du dictateur fascisant d'avant-guerre Ioannis Metaxas, le groupe se nourrit aussi de l'irrédentisme face à la Turquie et aux voisins balkaniques. Il a notamment promis d'expulser les immigrés hors de Grèce.

Les saluts nazis de Nikolaos Mihaloliakos

La conférence de presse de Nikolaos Mihaloliakos

L'essentiel Online avec AFP et gco