Abus sexuels aux États-Unis

24 janvier 2018 19:56; Act: 25.01.2018 11:11 Print

«Je viens de signer votre arrêt de mort»

L'ex-médecin sportif, Larry Nassar, accusé de multiples abus sexuels des jeunes gymnastes, passera le reste de sa vie en prison.

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Larry Nassar, au dernier jour de son procès.

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Larry Nassar a été condamné à l'issue d'un procès historique où les victimes ont livré des témoignages poignants de leur vie brisée.

«Je viens de signer votre arrêt de mort», a lancé la juge Rosemarie Aquilina, en prononçant une peine allant de 40 à 175 années de prison pour sept chefs d'inculpation. Cette sentence s'ajoute à une condamnation à 60 ans de réclusion pour pédopornographie, un autre volet de l'affaire qui a secoué le monde de la gymnastique américaine.

La juge a remercié les «survivantes» qui se sont succédé pour témoigner lors de ce procès hors-norme tenu à Lansing, dans l'État du Michigan. Au total, le tribunal a reçu près de 160 témoignages de victimes dont certaines, parmi les plus connues de la discipline, ont raconté à l'audience leur calvaire et la difficulté pour se reconstruire après avoir été «manipulées».

En toute impunité

Dans une courte déclaration, Larry Nassar s'est excusé pour «la douleur, le traumatisme et la destruction émotionnelle» qu'il a fait subir à ses victimes. Le médecin, considéré comme un «faiseur de miracles», a agi en toute impunité pendant près de deux décennies, jusqu'aux premières révélations tombées en 2016.

L'affaire a fait tomber plusieurs têtes au sein de la Fédération américaine, USA Gymnastics, accusée d'avoir tardé à dénoncer les agissements de son médecin-chef. Et le comité national olympique, où Nassar officiait également, est désormais dans la ligne de mire. L'instance dirigeante du sport universitaire, la NCAA, a aussi ouvert une enquête sur la conduite de Larry Nassar au sein de l'équipe médicale de l'Université du Michigan (MSU), alors que plusieurs plaintes de gymnastes n'ont pas eu de suite.

En enfer

Taylor Livingston, une gymnaste, a raconté son «combat quotidien» contre le sentiment de culpabilité de n'avoir pas révélé les abus à son père, décédé l'an dernier. «À ta mort, tu iras en enfer», a-t-elle lancé à l'accusé. «Mais avant, tu passeras devant mon père, qui sait maintenant ce que tu as fait... Et là, tu vas souffrir». Une autre, Amy Labadie, a affirmé avoir «perdu toute joie de vivre».

Les plus grands noms de la gymnastique américaine contemporaine ont également raconté avoir subi, sans protester, les abus du médecin quand il prétendait administrer des soins médicaux.

Le Dr Nassar a «profité de nos passions et de nos rêves», a lancé Aly Raisman, championne olympique aux Jeux de Londres et de Rio, aujourd'hui âgée de 23 ans. Elle a demandé le lancement d'une enquête indépendante «sur ce qui s'est passé exactement, ce qui a mal tourné, et comment cela peut être évité à l'avenir».

Peu après le verdict, le Comité olympique américain (Usoc) a annoncé qu'il allait lancer une enquête indépendante sur toute cette affaire. «Cette enquête menée par une troisième partie indépendante doit déterminer comment des abus d'une telle ampleur n'ont pas été détectés pendant aussi longtemps», a indiqué le directeur général de l'Usoc, Scott Blackmun.

«Je pensais que l'entraînement pour les Jeux olympiques serait la chose la plus difficile que j'aurais à vivre. Mais, en réalité, la plus grande épreuve que j'ai connue est le fait d'accepter que je suis une victime de Larry Nassar», a déclaré sa coéquipière Jordyn Wieber. Elle s'est décidée à parler après les révélations des autres médaillées olympiques Simone Biles, Gabby Douglas et McKayla Maroney.

Indignation

«Tu m'as manipulée pour que je croie que tu étais gentil et que tu m'aidais pendant que tu m'agressais sexuellement, encore et encore et encore, pour ton seul plaisir sexuel tordu», a aussi dit au médecin, Jamie Dantzscher, médaillée aux Jeux de Sydney.

Larry Nassar avait dit craindre pour sa santé mentale s'il était forcé d'écouter tous ces témoignages. La juge Aquilina avait répliqué, d'un ton indigné: «Passer quatre ou cinq jours à les écouter n'est rien du tout par rapport aux heures de plaisir que vous avez pris à leurs dépens, en détruisant leur vie».

(L'essentiel/nxp/afp)