À Sumatra

07 décembre 2016 13:27; Act: 07.12.2016 14:15 Print

Des éléphants patrouillent pour sauver l'espèce

Des cornacs et leurs éléphants patrouillent jour et nuit à Sumatra (ouest de l'Indonésie) pour éviter les confrontations entre pachydermes sauvages et habitants.

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En pleine nuit, des villageois sonnent l'alarme: un éléphant sauvage de Sumatra ravage leurs champs de riz. Intervient alors Dodot, un cornac sur son éléphant né en captivité. Sa mission: chasser l'intrus et éviter la confrontation entre les humains et le pachyderme, pour sauver une espèce en voie d'extinction.

«C'est le roi, il n'a pas peur des humains ou des armes, c'est son territoire», explique Dodot, un cornac expérimenté et capable de faire face à de telles situations. Les confrontations entre éléphants et humains sont devenues de plus en plus fréquentes et inévitables. Le déboisement et la transformation de pans entiers de forêt en terrains agricoles poussent les pachydermes à explorer les zones habitées.

«Médiateur» entre l'homme et l'éléphant

De nombreux éléphants de Sumatra sont abattus simplement pour avoir pénétré sur un champ exploité par des villageois. D'autres sont victimes des braconniers qui récupèrent leurs défenses pour revendre l'ivoire au marché noir. C'est pourquoi les cornacs comme Dodot ont un rôle primordial de «médiateur» entre l'homme et l'éléphant, 24 heures sur 24.

Ces gardes-forestiers juchés sur des éléphants nés en captivité forment au total trois unités disséminées dans des points chauds autour du parc national de Way Kambas, où des zones habitées côtoient une forêt abritant environ 250 éléphants sauvages de Sumatra. À dos d'éléphant, ils voient mieux ce qui se passe et peuvent suivre la trace de troupeaux dans cet immense parc composé de forêt tropicale et marécages, qui s'étend sur 1.300 kilomètres carrés.

Coexister avec les éléphants

«Quand nous apercevons des éléphants sauvages, nous informons la communauté, ainsi que nos équipes à l'extérieur pour qu'elles soient aux aguets», afin d'éviter au troupeau de se diriger vers des zones habitées, explique Eko Arianto, l'un des gardes-forestiers.

Le constat du Fonds mondial pour la nature (WWF), ONG écologiste, est alarmant: près de 70% de l'habitat naturel des éléphants sauvages de Sumatra a été détruit en 25 ans et la moitié de l'espèce anéantie. Elle a été classée en voie de disparition en 2012 par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

«Nous nous efforçons de trouver des moyens qui permettent aux gens de coexister avec des éléphants. Si la communauté se sent concernée, les gens aideront à protéger» ces animaux, estime M. Arianto. La diplomatie des gardes-forestiers porte ses fruits: la fréquence des conflits homme-éléphant a baissé de 80% depuis que les patrouilles ont commencé dans cette zone en 2015, selon les cornacs.

(L'essentiel/AFP)