Dossier syrien

02 septembre 2013 18:04; Act: 02.09.2013 18:54 Print

Quand Washington parle, tout le monde rit

Après dix jours de déclarations offensives des Occidentaux sur une «punition forte» à infliger à Damas, les volte-face britannique et américaine pourraient être lourdes de conséquences pour leur crédibilité.

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«Il était une époque où le Liban, la Syrie, l'Egypte tremblaient quand Washington parlait. Maintenant tous rient. Personne au Moyen-Orient ne prend plus au sérieux les États-Unis: leur crédibilité est remise en cause. Et il suffisait de regarder Obama samedi pour comprendre pourquoi», résumait lundi un éditorialiste du journal britannique The Independent. En Italie, le Corriere della Sera, tout en se félicitant de «la revanche des Parlements» en Grande-Bretagne comme aux États-Unis, renchérissait en parlant lui d'«affaiblissement des pouvoirs exécutifs», tandis que le quotidien français Le Parisien relevait que sur les réseaux sociaux israéliens, Obama est qualifié de «lâche».

Derrière la Syrie, c'est l'Iran et ses installations nucléaires qui sont en ligne de mire, ajoutait le quotidien. Pour certains experts, l'«improvisation» constatée depuis l'attaque chimique meurtrière du 21 août, attribuée au régime de Bachar al-Assad, s'annonce déjà comme très handicapante dans la gestion du dossier du nucléaire iranien. Depuis des années, l'Occident manie le bâton à l'égard de l'Iran accusé de vouloir se doter de l'arme atomique, ce que Téhéran dément.

De la politique au jour le jour

Quel signal, se demandent-ils, va être envoyé à l'Iran ou à la Corée du Nord si, sur les armes chimiques, les pays occidentaux reculent ? «À travers le dossier syrien, on est clairement en train d'envoyer un message à Téhéran. L'idée des frappes, c'est de montrer que l'Occident n'est pas si pusillanime que ça et que lorsqu'il s'agit d'armes chimiques, on peut réagir», observe Karim Bitar, chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris). Mais avec ce qui s'est passé en Grande-Bretagne et aux États-Unis, «on a l'impression qu'on improvise, qu'on fait la politique au jour le jour. Il s'est confirmé que ce n'est qu'à la dernière minute qu'Obama a changé d'avis et a décidé de demander l'avis du Congrès. Il y a un certain amateurisme mais qui est lié au fait que le monde a beaucoup changé», poursuit l'expert.

Dans son ensemble, la presse européenne était lundi particulièrement sévère à l'égard des dirigeants occidentaux et du manque de fermeté que traduisent leurs décisions politiques. «Ne montre pas ton colt quand tu n'es pas sûr de vouloir tirer», écrivait ainsi le journal allemand Süddeutsche Zeitung (centre gauche) en faisant allusion à la traditionnelle sagesse des «rangers». Déléguer l'ordre de tir au Congrès est une «manœuvre intelligente mais qui présente des risques énormes» si le Congrès ne suit pas le président, car «la prochaine fois qu'"elles voudront utiliser du gaz, les troupes de Bachar al-Assad ne reculeront pas».

Pour un expert des relations diplomatiques, qui demande à conserver l'anonymat, les Occidentaux ont désormais une «épée de Damoclès» au-dessus de leur tête avec un Congrès américain qui pourrait ne pas suivre Barack Obama. «On est dans un tuyau et on n'arrive plus à en sortir après des déclarations très allantes», note cette source. «S'il ne se passe rien, qu'on annule toute frappe militaire, cela pourrait être interprété comme un signe de faiblesse mais a priori, je crois que les choses sont allées trop loin» pour ne pas entreprendre d'action de force, juge pour sa part Karim Bitar.

(L'essentiel Online/AFP)