Soudan

26 octobre 2021 07:28; Act: 26.10.2021 11:23 Print

À Khartoum, la rue refuse le coup d’État

Des milliers de Soudanais sont sortis dans les rues de Khartoum pour protester contre le coup d’État mené par des militaires.

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«Pas de retour en arrière possible», scandent toujours tôt mardi les Soudanais dans la rue après un coup d’État condamné à l’étranger et la mort de trois manifestants, sortis après l’arrestation de la quasi-totalité des dirigeants civils par les militaires avec lesquels ils partageaient le pouvoir.

Washington a réclamé un «rétablissement immédiat» des autorités de transition qui devaient mener le pays d’Afrique de l’Est, l’un des plus pauvres au monde, à ses premières élections libres après trois décennies de dictature d’Omar el-Béchir.

Parce que pour manifestants et experts, la perspective d’un retour au règne sans partage des militaires est désormais de plus en plus réaliste, le Conseil de sécurité de l’ONU tiendra mardi après-midi une réunion d’urgence à huis clos. Car le récent ballet diplomatique à Khartoum et les multiples appels à la libération immédiate de responsables arrêtés au petit matin n’y ont rien fait.

Désobéissance civile et barricades

Lundi, le coup d’État a suivi son cours: le Premier ministre Abdallah Hamdok, son épouse, plusieurs de ses ministres et les membres civils du Conseil qui chapeaute la transition au Soudan ont été emmenés par des militaires et leur localisation est toujours inconnue. Puis, après que des militaires ont pris d’assaut la télévision d’État, le général Abdel Fattah al-Burhane, chef de ce Conseil de souveraineté, y est apparu pour annoncer la dissolution des autorités de transition.

Seul Moscou y a vu «le résultat logique d’une politique ratée» accompagnée d’«une ingérence étrangère d’ampleur», dans un pays où Russes, Turcs, Américains ou encore Saoudiens se disputent l’influence notamment sur les ports de la mer Rouge, stratégiques pour leurs flottes dans la région.

La rue, elle, a déclaré «la grève générale» et la «désobéissance civile» à des nouvelles autorités jusqu’ici incarnées par un seul homme, le général Burhane, qui a promis un gouvernement «compétent» pour bientôt mais dont le coup de force a suspendu de fait une transition inédite dans un pays resté sous la férule de l’armée quasiment en continu depuis son indépendance.

«Le peuple a choisi un État civil»

Sous une nuée de drapeaux, des milliers de Soudanais campaient dans les rues de Khartoum, sortis lundi matin tandis que tous se demandaient où allait le pays, alors sans Internet ni appels téléphoniques. Pour ceux-là, il s’agit de «sauver» la «révolution» qui a renversé Béchir en 2019, au prix d’une répression qui avait fait plus de 200 morts. Depuis lundi, au moins trois manifestants ont été tués par des balles «tirées par les forces armées» selon un syndicat de médecins pro-démocratie, et plus de 80 autres blessés.

«Le peuple a choisi un État civil» et «non un pouvoir militaire», martèlent malgré tout les manifestants à Khartoum, coupant les routes avec pneus brûlés, amas de pierres et autres barricades, notamment aux abords du QG de l’armée, place-forte du centre de Khartoum murée depuis des jours par l’armée. Pour tenter une pression supplémentaire, Washington, dont l’émissaire Jeffrey Feltman rencontrait Abdel Fattah al-Burhane et Abdallah Hamdok encore dimanche à Khartoum, a annoncé «suspendre» une aide de 700 millions de dollars consacrée à la transition démocratique.

(L'essentiel/afp)